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@emphyrio
Nonobstant tout rapport avec la politique actuelle et avec Poutine, c’est assez vrai. Il y a une tradition autocratique en Russie et, sinon un "amour de la brutalité", une acceptation à la fois romantique et pragmatique de la dureté de la vie comme règle, profondément ancrée par des siècles de servage et des décennies de dictature communiste, qui détermine une certaine soumission face au pouvoir fort d’une autorité paternaliste. Ce n’est pas un jugement de valeur, mais un constat. Il faut dire que la parenthèse libérale désastreuse des années 90 et le dépeçage de l’URSS par une poignée d’oligarques n’a pas vraiment contribué à transmettre une bonne image de la démocratie aux Russes. Mais c’est là toute l’ambiguïté de Poutine qui prétend protéger le petit peuple russe des prédateurs qui viennent manger dans sa main.
Bon, je n’ai eu le temps que de visionner les premières minutes mais je me permets de corriger vos prémisses, à mon avis erronées, qui vous amènent ensuite à essentialiser de simples tendances historiques qu’il faudrait replacer dans leur contexte :
La puissance britannique a émergé au XVIIIème siècle
Non, la puissance britannique s’est affirmée d’abord face à l’Espagne (avec pour enjeu la captation de l’or du Nouveau Monde, pour moyen la piraterie et pour conclusion l’échec de tout projet d’invasion consécutif à l’affaiblissement de "l’invincible armada") et surtout face à la Hollande, qui était de facto la grande puissance commerciale maritime de l’époque représentant l’émancipation du libéralisme naissant face au protectionnisme anglais. La manifestation de cette volonté de puissance s’est traduite par la promulgation en 1651 des navigation acts qui ont motivé la création d’une puissante flotte de guerre capable d’imposer le monopole du commerce avec les colonies britanniques. Il s’agit en fait d’une privatisation des routes commerciales maritimes, traditionnellement ouvertes au commerce international depuis l’antiquité, à la faveur de l’Empire Britannique en construction.
La France n’a en réalité jamais vraiment rivalisé avec l’Angleterre sur les mers - elle n’en avait pas les moyens, étant accaparée par des guerres continentales coûteuses et diminuée par des choix malheureux de politique étrangère sous Louis XV - sauf ponctuellement (guerre d’indépendance américaine) en profitant de l’avantage technologique - reconnu d’ailleurs par les Anglais - des navires conçus par les arsenaux français. Cette faiblesse stratégique sur les mers explique les faiblesses structurelles des colonies françaises d’Amérique du Nord, qui étaient essentiellement terrestres alors que l’Angleterre avait pu s’assurer la maîtrise de la côte Est (sauf au Canada) facilitant ainsi les échanges commerciaux avec les colonies, et surtout leur ravitaillement.
Il convient donc de relativiser cette vision du grand clash entre la thalassocratie anglaise et la soi-disant "tellurocratie" française.
Napoléon a été un "tellurocrate" jeune
Quand Napoléon parvient au pouvoir, la puissance maritime française a déjà largement décliné après l’effort énorme consenti pour mettre au point une marine capable de rivaliser avec la Navy, effort peu récompensé puisque les jeunes Etats-Unis se rapprochèrent aussitôt avec l’Angleterre après la signature du traité de Paris (1783) qui était une victoire à la Pyrrhus pour la monarchie française, qui allait d’ailleurs précipiter sa chute (en raison du poids de la dette).
Présenter la France de l’époque comme une "tellurocratie" est une absolue contre-vérité.
Si Napoléon a été "tellurocrate", c’est uniquement par défaut, puisqu’il est établi qu’il comptait au contraire rétablir une puissante marine pour contrer l’Angleterre, et que des efforts furent conduits en ce sens, notamment à travers la construction et la modernisation de certains arsenaux et une politique coloniale qui se voulait toujours ambitieuse (notamment à Saint Domingue).
Bainville dans son histoire de France souligne que cet échec sur les mers conduisait fatalement le "trop-plein" des énergies libérées par la Révolution Française à se déverser sur le continent, plutôt qu’a soutenir la colonisation des territoires désormais contrôlés par l’Empire Britannique.
On est donc dans un schéma imposé - au moins en partie - par la dynamique des évènements et le rapport de force qui poussait Napoléon à persévérer tragiquement - jusqu’à l’hybris final - dans certains choix politiques par impossibilité d’opter pour une alternative (après la destruction de la flotte française à Trafalgar).
Même si on peut certainement parler d’une tendance, voire d’un déterminisme historique, il est en revanche impossible de mettre sur le même plan les ambitions - largement contraintes - de Napoléon avec les décisions stratégiques d’Hitler qui coïncidaient au contraire avec un projet politique assumé. Hitler n’a jamais eu l’intention de rivaliser avec l’Angleterre ni de remettre en cause la domination maritime des anglo-saxons, ayant bien intégré l’échec de la politique d’expansion coloniale de Guillaume II. Son analyse, de fait assez juste, était que l’empereur allemand avait commis une erreur cuisante en prétendant concurrencer l’Angleterre sur les mers et conquérir un empire colonial à la mesure des empires français et britanniques, cette stratégie ayant poussé l’Angleterre à entrer en guerre aux côtés de la France, alors même qu’il existait une parenté entre les familles régnantes des deux empires (Guillaume II étant le petit-fils de la Reine Victoria). C’est pourquoi Hitler, pour ne pas faire bis repetita, avait conclu un accord naval avec l’Angleterre en 1935 - signé le jour anniversaire de la bataille de Waterloo pour rappeler la collaboration entre Blücher et Wellington contre la puissance française - pour bien délimiter le réarmement naval de l’Allemagne en l’inscrivant dans un cadre qui interdisait à l’Allemagne toute velléité d’hégémonie maritime. De fait, l’Allemagne nazie ne put s’appuyer ultérieurement que sur sa flotte de sous-marin, les bâtiments de surface ne pouvant rivaliser avec la Navy. On est donc très loin, encore une fois, de l’irrésistible conflit entre puissance thalassocratique et tellurocratique.
L’objectif d’Hitler était bien cette fois de se concentrer sur la France afin de pouvoir se retourner contre la Russie et éviter ainsi d’avoir à combattre sur deux fronts comme durant la première guerre mondiale (que l’Allemagne aurait sans doute remporté si elle n’avait eu qu’à combattre sur le front ouest, en raison du différentiel démographique énorme entre la France et l’Allemagne). Son erreur, en partie induite par ses théorisations racialistes sur les intérêts communs et l’unité des races "supérieures" nordiques face aux untermenschen français, slaves et méditerranéens, avait été de croire un peu naïvement que les Anglais et les Américains - les puissances thalassocratiques - accepteraient de signer un accord de paix avec l’Allemagne - la puissance tellurocratique - suite à l’effondrement rapide du front ouest, permettant ainsi à cette dernière de se retourner contre l’ennemi communiste commun et la "juiverie internationale". Hitler pensait que les puissants réseaux financiers anglo-saxons financeraient sa guerre contre le communisme, comme ils avaient partiellement financé, ou tout au moins soutenu, le redressement économique de l’Allemagne nazie.
Jusque dans son testament, Hitler défend sa politique étrangère antisémite et anticommuniste en affirmant avec une candeur déchirante n’avoir jamais voulu s’attaquer aux Anglais et aux Américains, les "cousins" de la race allemande.
"Je n’ai pas voulu davantage, qu’après l’issue malheureuse de la première guerre mondiale, une deuxième guerre éclate avec l’Angleterre ou même avec l’Amérique."
On voit donc bien que les parallèles à dresser avec Napoléon ne reposent sur aucun élément politiquement tangible, et ne peuvent être établis qu’à partir de la figure mythique du "dictateur continental" et ses innombrables interprétations populaires et psychologiques (complexe physique, volonté de puissance, etc.)
"une trajectoire qui a mené à Napoléon, à Hitler et à Poutine"
Le problème c’est que vous ne démontrez pas cette soi-disant "trajectoire", vous la posez comme une vérité établie dès votre introduction, le tout en utilisant un intitulé volontairement provocant et problématique. C’est de l’essentialisme.
Par ailleurs votre schéma directeur semble tenir insuffisamment compte des conflits entre "tellurocraties" ou pseudo-telluracraties (France vs Allemagne vs Russie) mais aussi des nombreux conflits entre thalassocraties (Angleterre vs USA vs Japon).
Donc, là encore, on ne peut pas parler schématiquement d’un affrontement "au-delà de l’histoire" entre la terre et la mer, c’est toujours plus complexe.
@maQiavel
Le concept même de "bobo" est douteux. Que des péquenauds au smic pensent qu’un couple d’écolos de la classe moyenne urbaine qui pratique le recyclage et consomme des produits bios représente le haut du panier sociologique, en dit long sur le tassement économique et la culture du nivellement par le bas qui est devenue culturellement dominante dans nos pays.
Les gars, faut pas aller en Allemagne ou en Suisse, vous allez faire une attaque en voyant que là haut avec 5000 euros par mois tu es presque pauvre.
En fait il y a des petits bobos qui vivotent avec leur vélo et leur frugalité esthétisée. Il y a aussi des bobos des champs qui sont souvent plus cons que leurs confrères des villes, imitation oblige. Il y a aussi des bobos de droite aux idées bien arrêtées, des bobos hypocrites qui aiment bien les cultures du monde mais qui préfèrent contourner la carte scolaire, etc...
En fait "bobo" ça ne veut strictement rien dire dès lors qu’on sort de la sociologie populaire intuitive. Tout au plus cela renvoie à certains modes de vies et à certaines habitudes de consommation qui ne sont plus depuis longtemps l’apanage de la bourgeoisie urbaine branchée.
On sait aujourd’hui qu’il y a beaucoup de trentenaires urbains précarisés parmi les manifestants, aussitôt le réac de base change son fusil d’épaule et dénonce les feignasses qui ne veulent pas se lever pour aller au boulot, etc.
C’est sans fin. Les pourfendeurs systématiques du politiquement correct redeviennent des réactionnaires au sens vrai du terme, c’est à dire des bien-pensants soutenant un ordre établi, refusant toute possibilité de rébellion, ne reconnaissant au fond comme forme d’authenticité que leur propre soumission ou renoncement face au pouvoir en place. Quoiqu’on pense de ce mouvement, au moins ils se bougent plus le cul que les dissidents et autres royalistes à la masse qui refont le monde depuis des années sur internet en vomissant sionistes, gauchistes, etc... Franchement, ces groupes de casseurs au moins ne sont pas de parfaits guignols comme les dissidents débiles qui sifflaient les militaires le 14 juillet.
Courageux, mais pas téméraires
@spoty
C’est normal, il est plus facile et jouissif de taper sur des petits bourgeois cathos rangés et prompts à tendre l’autre joue que de s’en prendre à des skins antifas et des racailles qui savent rendre les coups et faire mal tout en jouissant d’une impunité presque totale grâce à la justice républicaine.
Le pire c’est que je crois à peine caricaturer.
C’est du machiavello-mitterrandisme à la sauce hollandaise : utiliser des groupes de casseurs gauchistes pour discréditer la contestation sociale dans son ensemble tout en excitant l’extrême-drouaaaaate de l’UMP, dans le but d’accuser cette dernière de "faire le jeu du front national" afin de nuire à Juppé et autres "modérés" susceptibles de l’emporter face à Hollande au deuxième tour de l’élection présidentielle.
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