La dette publique française est un cas particulier dans la mesure où elle s’adosse à un niveau d’épargne élevé, contrairement aux pays qu’on nous donne toujours en exemple (comme l’Angleterre) où la dette publique est en apparence mieux contrôlée mais contrebalancée par un haut niveau d’endettement des particuliers et des entreprises.
C’est le paradoxe hexagonal : sur le plan privé, les Français restent des fourmis dépensant et investissant prudemment leur argent (héritage des mentalités paysannes et bourgeoises) mais ils acceptent un haut niveau d’endettement publique reposant sur une fiscalité élevée (pour quoi faire et pour qui, c’est une autre question).
Les Allemands ont eux aussi un haut niveau d’épargne mais ils investissent davantage leur argent dans l’économie productive (les fameuses PME familiales) alors que chez nous l’argent des ménages va surtout dans le patrimoine et les assurances-vie.
Sachant que les Français détiennent entre 4000 et 5000 milliards d’épargne et que la dette publique s’élève à 2200 milliards, je vous laisse imaginer ce qui arrivera si le pays est déclaré en faillite.
En gros c’est la redistribution des richesses à l’échelle du territoire national, qui constitue le socle de l’idéologie républicaine. L’idée que l’Etat assure n’importe où ses missions auprès des Français de toute condition et origine sociale et géographique.
Petite digression, mais il est essentiel de pouvoir rire de soi et fustiger les travers des siens. Sinon il est facile de parler des campagnes française en adoptant un point de vue politiquement correct. Il ne faut pas confondre cette méchanceté hygiénique avec l’accablement ou la haine de soi.
Je n’ai pas l’impression de m’être répandu dans des "digressions" ni d’avoir tenu des propos "offensants", car ce sont des sujets intimement liés. La surproduction alimentaire et l’industrialisation du secteur agricole ont un impact direct sur le milieu rural.
Le commentaire du scandale en tant que tel ne me paraît pas être un angle particulièrement intéressant ou pertinent. Comme le dit Qiroreur, il faudrait connaître les aspects techniques du dossier pour en parler avec précision et ne pas tomber dans le café du commerce. Je ne suis pas sociologue, anthropologue, ni spécialiste de l’alimentation. Sinon il faut regarder C dans l’air pour avoir une expertise détaillée et circonstanciée du "scandale alimentaire" d’un point de vue journalistique.
J’ai essayé de parler de tout ça avec un peu d’humour (on a le droit aussi je pense) en forçant un peu le trait pour mieux faire ressortir certaines évolutions et certains comportements. C’est de la satire. Quand je parle de gros cons et de beaufs, il faut évidemment prendre tout ça avec un peu de recul, mais je pensais que c’était implicite. Mais je réfute tout procès en relativisme : je n’invente rien, et de nombreux territoires connaissent une évolution (ou une dérive) sociologique similaire à celle que je décris et qui rejoint les analyses de Guillui (ou les romans de Houellebecq).
Sur la campagne, je n’ai jamais prétendu qu’il s’agissait d’un milieu homogène. Il faudrait distinguer au moins trois types d’espace ruraux :
- le rural périphérique autour des métropole qui devient un espace de repli pour la classe moyenne, une sorte de banlieue bis cumulant les désavantages du rural (densité médicale, peu d’emplois) et du périurbain (parcellisation, village-dortoir, consumérisme)
- le rural intégré qui peut évoluer de manière autonome en marge des métropoles grâce à certains atouts (tourisme, gastronomie, vignobles, dynamisme économique local...)
- les déserts ruraux créés par la mondialisation qui sont à la fois situés en marge des métropoles et qui ne peuvent pas se développer économiquement, faute d’infrastructures : ces territoires ont des problématiques spécifiques qui sont directement liés au recul de l’Etat et à la fin de la péréquation
Je ne suis pas du tout de ceux qui estiment que tout est réductible au "social" (marxiste pour dire vite) ou à la responsabilité individuelle (libéraux pour dire vite). Je pense qu’une partie de nos comportements, de nos performances mais aussi de notre conditionnement culturel est lié à la génétique (le terme "biologie" est beaucoup trop vague) mais qu’il ne s’agit pas d’une corrélation à sens unique comme le soupçonnait déjà Pascal au XVIIème siècle :
"La coutume est une seconde nature qui détruit la première. Mais qu’est-ce que nature ? Pourquoi la coutume n’est-elle pas naturelle ? J’ai grand peur que cette nature ne soit elle-même qu’une première coutume, comme la coutume est une seconde nature"
Là où je te rejoins, c’est sur l’importance du facteur démographique qui est systématiquement sous-estimé en France, voire tout simplement nié pour des raisons idéologiques (incompatibilité avec l’universalisme républicain et le cosmopolitisme chrétien, à la fois concurrent et complémentaire).
Mais je ne suis pas d’accord avec ta méthodologie. Ta vision du monde se veut déterministe et "neutre" mais elle est en réalité téléologique et finalement pas tellement éloignée de celle des religieux qui estiment que c’est la fin dernière des choses qui confère un sens au monde et à nos actes (apocalypse, attente spéculative du jugement dernier).
Pour toi la finalité est déjà connue (destruction irréversible de la France) et tout ce que nous passons notre temps à analyser et à déplorer (insécurité ou autre) ne sont à tes yeux que les conséquences futiles d’une cause située dans l’avenir mais qui s’est déjà produite de ton point de vue. Tu le martèles dans tous tes messages : c’est fini, tu as "déjà fait ton deuil".
Le problème d’une telle position, c’est qu’elle va en effet au-delà du pessimisme pour condamner toute possibilité d’action. Tout va découler, rien ne peut arriver. C’est là que tu expliques aux autres qu’ils nourrissent de faux espoirs, des chimères, alors que c’est ta propre subjectivité qui est ici en jeu à travers cette conviction que "tout est fini" (biais cognitif). Autrement dit, tu confonds déterminisme et prédéterminisme.
De mon point de vue, tu n’es ni optimiste ni pessimiste, tu es fataliste.