@maQiavel "Mais le modèle est tellement performant que dans un deuxième temps, on va oublier que c’est une fiction"
En effet, la mécanique de cette dérive intellectuelle que vous décrivez est intéressante. Et ce n’est pas sans rapport avec la critique qui a été adressée à certains intellectuels français par Alan Sokal et Jean Bricmont, pour usage abusivement métaphorique de références scientifiques mal digérées. Bergson avait également parlé de la tendance à utiliser des images pour simplifier des données complexes puis ensuite à réduire la complexité du réel à la simplification de l’image qui le représente par simple commodité pratique. Par exemple, le temps est représenté sur un cadran circulaire par le déplacement d’une aiguille (horloge, montre). Et c’est bien pratique. Mais nous avons pris l’habitude à cause de cela de penser que le temps est un mouvement circulaire (comme l’aiguille du cadran).
Plus profondément encore, on peut se demander si l’ego n’est pas une représentation imagée, que l’esprit de fait de lui-même et dans laquelle il se trouve piégé. Et si on veut aller encore plus loin, il y a aussi l’art d’intervenir sur le réel en agissant sur les images qui le représentent. Là, on entre dans le domaine de la magie : par exemple stopper le temps en arrêtant une horloge. Ou bien — ce qui est quand même plus facile que de stopper le temps — faire saliver quelqu’un en lui montrant une photo de jus de citron coulant sur des lèvres, ou faire croire à une population qu’on a une légitimité à le gouverner en exhibant les symboles de la légitimité.
@Zatara "il faut bien comprendre que la morale, en tant que concept formalisé ou dogmatisé, n’est rien d’autre qu’une programmation psychologique référente qui sert de noyau commun pour faire société, et insérer une logique de pouvoir central."
"La morale, en tant que concept formalisé ou dogmatisé" n’est plus un objet d’étude intéressant, car on ne peut plus produire à son endroit que des poncifs éculés. Personne n’aurait l’idée de défendre la position du flic Javert dans "Les Misérables" d’Hugo. Laissons cette page tournée.
En revanche, la moralité, en tant que disposition éclairée à bien se comporter, est une autre question.