Je vois en effet sur wiki que la prudence est donnée comme une vertu cardinale, donc dépendante de l’homme, et qu’elle en est la composante intellectuelle, à coté des vertus morales (tempérance d’âme, force d’âme, justice).
(Sur wiki, vertus cardinales) La prudence
ou sagesse dispose la raison pratique à discerner en toute circonstance
le véritable bien et à choisir les justes moyens de l’accomplir ;
La prudence est une faculté de l’homme qui veut le bien et agit juste. C’est sa capacité à choisir le Bien pour But et le juste pour moyen. Or, la vérité du but étant le Bien et la vérité du moyen étant le Juste, La prudence est donc la capacité à distinguer le Vrai dans les buts et les moyens.
Je pense que vous vous trompez totalement sur le rapport entre "prudence et contingence". Je l’ai illustré plus bas.
La vertu se voit dans la contingence, c’est-à-dire face à un évènement imprévu. Comme la raison ne peut déduire que de nécessité en nécessité, elle est donc mise hors-jeu. L’homme, mis face à la contingence, ne peut compter que sur la vertu.
Or, lorsque l’on agit, étant donné la contingence du monde (dans ce cas, son imprévisibilité), peut-on savoir à l’avance si nos actes auront des conséquences heureuses ou malheureuses ? Non, on ne le peut pas.
Face à un danger, l’on peut fuir ou combattre. Parfois c’est la fuite qui est heureuse, parfois c’est le combat qu’il l’est. Une fuite malheureuse serait lâche. Une fuite heureuse serait bien avisée. Un combat malheureux serait téméraire. Un combat heureux serait courageux.
C’est indéterminable à priori, et l’on ne saurait donc donner une règle qui marche à chaque fois comme "face à danger il faut fuir" ou "face à un danger il faut combattre". Cette incertitude est le fruit de la contingence du monde, de son altérité irréductible à nous-même : le monde n’obéit pas à notre raison. Il s’ensuit qu’on ne peut faire un "cours de vertu", où dans chaque situation il serait indiqué ce qu’il convient de faire. La vertu ne s’enseigne pas. Elle n’est pas une science.
L’homme vertueux est celui qui a agit avec des conséquences heureuses, soit qu’il fût prévoyant des conséquences de son acte (la prudence) soit qu’il bénéficiât d’une providence divine.
La scolastique a étudié Aristote, mais elle a aménagé ses théories parce qu’il y avait incompatibilité avec le christianisme sur le point de départ.
Le Dieu d’Aristote est l’Un et le Tout (c’est du panthéisme). Donc pour Aristote, si je ne m’abuse, le Tout est le fruit des divisions successives de Dieu.
Or dans le christianisme, le Tout est le fuit d’un acte gratuit de création de Dieu hors de lui-même.
C’est ainsi qu’il faut comprendre le travail de Saint Thomas d’Aquin : l’aménagement du modèle Aristotélicien en y substituant le Dieu Créateur au Dieu Tout. Sur tout le reste, le Thomisme s’écarte peu d’Aristote.
En fait, les thèses de Platon furent objet du même aménagement. On peut dire rigoureusement que Platon fut intégré au christianisme pendant l’antiquité tardive (Saint-Augustin) et qu’Aristote le fut au moyen-age (Saint Thomas d’Aquin).
C’est sûr qu’aujourd’hui la notion de finalité n’a pas bonne presse, et l’on voudrait modéliser l’homme uniquement sous l’angle de la cause efficience : en gros nos actes seraient le fuit d’une logique neuronale implacable... Mais l’homme a ses fins, c’est évident. Et si l’on commence à faire réfléchir les gens sur leur finalité propre, d’une part ils pourraient cesser de consommer sous l’impulsion des sollicitations publicitaire, et d’autre part ils pourraient imaginer qu’ils ont une âme...
Mais le problème de fond dans l’oubli d’Aristote, c’est l’ambition révolutionnaire. En gros, nos ancêtre avaient encore un pelage velu et étaient bien plus proches des animaux que nous : ils étaient un peu bêtes. Il faut éradiquer toute pensée pré-révolutionnaire, faire table rase des pensées antiques pour engendrer l’homme nouveau. La philosophie commence à Kant. Tout ce qui a précédé n’existe pas.
Toute l’instruction des élites avant la Révolution s’appuyait sur la lecture d’Aristote et des auteurs antiques. L’école Républicaine prend volontairement le contre-pied. C’est un choix politique.
Vous avez oublié Leibniz aux temps anciens, puis Russell et Chomski. Aristote est toujours très présent dès qu’il s’agit de logique et de science.
Après, je veux bien croire que ses vues sur l’éthique ne sont plus tellement considérées.
Cependant, pour la position de Socrate sur la vertu, lisez "le Menon". Deux citations finales (prises sur Remacle.org) : ----------------------------------------------------------- - Or, puisque la vertu ne
peut pas s’enseigner, déjà elle n’est pas la science. [...] - Il paraît donc, d’après
ce raisonnement, Menon, que la vertu vient par un don de Dieu à ceux qui la
possèdent. Mais nous ne saurons le vrai à ce sujet que lorsqu’avant d’examiner
comment la vertu se trouve dans les hommes, nous entreprendrons de chercher ce
qu’elle est en elle-même. Maintenant il est temps que je me rende quelque part. Pour
toi, persuade à ton hôte Anytus les choses dont tu es persuadé toi-même, afin qu’il soit plus traitable ; si tu réussis à le convaincre, tu rendras service
aux Athéniens. ----------------------------------------------- Donc pour Socrate, la vertu est un don de Dieu. Quelqu’un peu bien avoir tous les savoirs du monde mais être moins vertueux qu’un ignorant. Donc il ne faut pas entendre le philosophe de Socrate comme celui qui aurait le plus de connaissances ou de savoirs, mais il faut encore qu’il bénéficie de la grâce de divine.