Comme je l’ai lu plus haut (chez ffi je crois), il disait que les sciences physiques étudiaient l’inerte, mais rien n’est inerte...
Ce serait un long débat, mais toujours est-il qu’aujourd’hui, les objets de la physiques sont pensés inertes (principe d’inertie). Il faut quand-même garder une distinction entre ce qui est vivant de ce qui ne l’est pas.
Quand tu réfléchis sur qui est Dieu, tu réfléchis aussi sur qui tu es... Donc la réflexion sur Dieu, c’est la science de toi-même...
Il y une science des objets, choses inertes et passives... Mais il y a aussi une science des sujets, choses vivantes et actives...
La chose étudiée diffère, donc la forme de la science aussi. En particulier, il n’est pas possible de fonder un langage régulier pour le second cas : le langage régulier ne fonctionne que pour modéliser les automates. C’est pertinent pour les choses inertes et passives, mais pas pour les hommes
Cependant, il est possible de développer un savoir sur l’homme, ceci que des faits soient observables ou non.
Par exemple, je ne peux observer les sentiments d’autrui, mais je sais qu’il en a.
Donc une science de l’homme est possible. Mais il faut garder à l’esprit que l’étude ne porte pas sur une chose inerte comme en physique, donc qu’un calcul automatique tel le calcul différentiel ne fonctionnera pas absolument.
A la base de toute science humaine, il y une conception de l’homme. Or l’homme pour le matérialisme, le libéralisme ou le capitalisme, est vu comme un objet inerte (c’est un pion). Cette conception erronée à la base fait que ces théories, malgré leur aspect similaire aux sciences physiques du fait de l’emploi du même genre de concept de base, l’objet inerte, sont grossièrement fausses.
Evidemment qu’il faille prendre en compte la finalité, cet oubli est tragique dans l’époque moderne puisque l’homme a une finalité, contrairement aux objets inertes de la physiques : sa finalité c’est ce qu’il veut... - s’il n’est qu’égoïste, ce qu’il veut n’est que son désir. - s’il n’est qu’altruiste, ce qu’il veut n’est que son devoir.
La société est une collection d’hommes, donc une collection de finalités diverses. Or, les diverses finalités de cette collection peuvent être contradictoires. D’où certaines tensions sociales. C’est là la nécessité du politique : fédérer les diverses finalités et les harmoniser entre elles pour faire tenir la société ensemble (générer la concorde).
C’est le sens même du mot universel, qui est d’être unisvers. (D’où les universités d’été... qui sont des assemblées)
Sinon, bien-sûr que les sciences humaines sont des sciences : l’on peut connaître l’homme. Mais ce ne sont pas des sciences qui travaillent sur le même type d’objet que les sciences physiques...
Les objets de la physiques sont inertes, il réagissent de manière automatique à une situation donnée. Par conséquent, un langage régulier (au sens de la mathématique du langage), qui permet de générer des automates logiciels (comme en informatique), tel que le calcul différentiel suffit à décrire précisément leur devenir.
Mais, si l’homme a un corps et est donc sujet aux lois physiques, il a en plus un esprit qui l’anime et fait donc qu’il sait décider de ses fins en lui-même, par la raison. En cela l’homme n’est pas un automate.
Bref, les sciences humaines sont des vraies sciences. Mais elles travaillent sur un objet qui non seulement subit les lois physiques, donc est orienté par les causes externes, mais il a encore des causes interne (besoins, désirs) et encore plus, il a des fins rationnelles, pensées en relation avec sa collectivité politique (devoirs envers la famille, le voisinage, les collègues ...etc).
La sociologie moderne ni l’économie ne sait pas penser cela, puisqu’elles sont fascinées par le modèle de la science physique, qui a de belles réussites, il vrai.
Mais l’objet de l’étude n’est pas le même et donc ce modèle n’est pas transposable : l’homme n’est pas inerte, ce n’est pas une marchandise, ce n’est pas un pion.
Cette erreur magistrale vient de la connerie d’Auguste Comte.
Nous ne sommes finalement que des ordinateurs à bonheur, encore faut-il avoir le bon programme pour y parvenir
C’est bien cela : ces postulats initiaux mènent à penser un homme-automate, dans l’espoir de prévoir précisément ; Or, c’est faux, l’homme n’est pas un automate. Il n’y a pas de pensée fonctionnelle au bout de cette voie. Au pouvoir politique, ce serait manipulation à gogo (reprogrammation) et inhumanité...
Lordon se la pète trop, il semble céder au vertige du gourou persuadé d’avoir la science infuse... C’est du délire. Je le plains de s’être embarqué dans cette voie.
Désir inassouvi chez Spinoza ou Volonté contrariée chez Saint-Thomas
Je ne dirais pas que Spinoza va plus loin que Saint-Thomas, au contraire, il réduit la portée de sa définition.
En effet, la volonté ne découle pas nécessairement que du désir, mais aussi du devoir (sinon c’est du caprice enfantin) : elle se calcule entre devoirs et désirs.
Prend un amant jaloux qui désire se débarrasser du mari de sa maîtresse. S’il assouvit son désir, il le tuera. Cependant, bien qu’il aura assouvi son désir, sa joie ne sera pas parfaite, mais mêlée de tristesse, puisqu’il aura conscience d’avoir agit fors son devoir d’être humain qui est de ne pas tuer.
Prend un matin, où tu ne désires pas aller travailler, mais rester bien au chaud dans ton lit. Or ton devoir implique d’y aller, puisque tu as signé le contrat. Tu te lèves, tu y vas. A la fin de la journée, tu es content, ceci bien que tu n’aies pas assouvi ton désir matinal, car tu as fait ton devoir : tu te rends compte que ce petit coup de flemme n’était que passager.
Le désir est quelque chose de très évanescent, instable et passager, voire on peut être travaillé par plusieurs désirs contradictoires. Il est donc difficile de s’appuyer sur cette notion.
La volonté, en revanche, on ne peut en avoir qu’une seule à la fois. C’est la vrai cause de nos actes. Parfois elle correspond au désir. Parfois elle correspond au devoir.
Or, réaliser son devoir est source de contentement y compris lorsque c’est contre la réalisation de son désir immédiat. Donc la définition de Spinoza manque une partie de la vérité.
En fait, tout ceci dépend des dispositions d’esprit, des personnalités. Les esprits capricieux et instinctifs, bref pas trop civilisés et un peu barbares, agiront sous l’impérieuse nécessité de leur désir immédiat. D’autres sauront s’en détacher.
D’accord pour "sain", c’est juste mon coté laïc obsessionnel qui ressort désolé
Si tu t’appuies sur Spinoza, tu ne peux pas te dire laïc, puisque celui-ci prend le parti d’un Dieu-monde.
De mon point de vue, cette conception pose problème. En effet, pour expliquer la vie dans le monde et son émergence, il te faut alors penser les êtres vivants et les choses inertes sur le même plan.
Or, comme je l’ai indiqué plus haut, si les choses inertes subissent intégralement des causes externes, si l’être animal agit en plus selon la cause interne de ses besoins, un être vivant rationnel comme l’homme a en plus la faculté d’agir par cette cause interne à lui-même qui est sa volonté, une volonté qui découle de sa raison.
Donc, invariablement, le panthéisme oblige à considérer soit le vivant comme l’inerte (donc les hommes comme des pions, en niant leur volonté), soit l’inerte comme le vivant (donc inventer une volonté à l’univers, à la Terre)... D’où justement cette difficulté à distinguer entre sciences physiques et sciences humaines. Une science humaine ne peut que se fonder sur ce qui est propre à l’homme.
Par conséquent, la position la plus équilibrée, d’un point de vue métaphysique, est pour moi celle du Dieu-personne. Cela permet de garantir la perception des différences de fonctionnement entre les choses inertes, les êtres animaux et l’homme.
Ce serait plutôt l’équation de l’âme humaine C’est des truc que j’essayais quand j’avais 20 ans... Avant de comprendre que justement, la cause des actes d’un homme étant sa volonté, qui est décidée rationnellement en interne, elle est donc inaccessible à la connaissance d’un observateur (l’homme est une sorte de "boite noire").
L’algorithmique s’inscrit nécessairement dans un langage régulier (du point de vue de la théorie mathématique du Langage), c’est la notion d’automate.
Or, le calcul de la volonté chez l’homme dépend expressément non seulement de l’état de ses affects, mais encore de ses connaissances ou de ses croyances personnelles, le tout modulé par ses dispositions d’esprit, autant de choses auxquelles l’observateur ne peut avoir accès et qui ne sont pas du tout quantifiables.
Donc mieux vaut en rester à une réflexion qualitative que l’on appliquera au cas par cas. C’est plus efficace.
Spinoza veut mettre l’homme en équation, cela correspond à une certaine tendance de son époque, marquée par l’invention du calcul différentiel (voir caractéristique de Leibniz). Mais pour ce faire, la condition de réussite implique de produire un langage régulier. Par conséquent, il lui faut réduire l’homme à un automate, ce qui n’est pas vrai, car l’homme n’est pas un automate : le désir de Spinoza de mettre l’homme en équation lui fait adopter une fausse conception de l’homme (d’où son faux postulat volonté = assouvir son désir), ce qui aboutit donc à une théorie fausse.
A cette époque, cette tentation était compréhensible : la théorie du langage était encore balbutiante. Mais à la nôtre... Je crains que Lordon ne se décrédibilise totalement dans cette histoire.
C’est bien là qu’on voit les ravages de la perte des humanités dans l’éducation. Les gens se retrouvent dans des culs de sacs intellectuels.