Machiavel : On ne peut pas tempérer ou raisonner ce désir d’ avoir d’ ou les recommandations du christ de ne pas se préoccuper de l’ avoir et de rechercher avant tout le royaume de Dieu.
Je nuancerais : on peut tempérer le désir d’avoir, dont les perversions sont la concupiscence. Sauf que la perversion met dans un cercle vicieux (mauvaises habitudes, addiction), donc la tempérance doit s’apprendre très tôt dans la vie : les mauvais penchants sont plus faciles à prendre qu’à perdre.
Le tout est de rechercher en priorité et ardemment le désir d’être.
Si Avoir ceci me fait Être mauvais, alors je ne dois pas vouloir avoir ceci, car de toute façon j’en serais moralement avili et mon âme en souffrira.
C’est une question d’ordonnancement des désirs, de hiérarchisation des priorités au niveau du calcul de nos fins. Dieu juge l’Être, pas l’Avoir.
Tu as bien ciblé le coeur même de la foi chrétienne. J’adore ces débats. J’en écrirais des tonnes si je ne me tempérais.
(C’était pour Yoann) Éric : Toute chose veut persévérer dans son être ; Elle en est empêchée par une cause extérieure à soi ; Elle perd sa raison d’être... et met fin à sa vie.
si notre raison d’être est entravée par l’extérieur (notre cause interne n’est s’accomplit pas, ce qui nous rend triste), il suffit de changer de raison d’être plutôt que de se faire mourir. Cela ne dépend que de notre intériorité propre.
C’est cela la sagesse dans la spiritualité : avoir la capacité de réguler ses propres fins (notre causalité interne), y compris en en changeant lors d’un échec. Si je ne peux pas, j’essaye autre chose. Si j’ai fait quelque chose de Mal, je dois l’assumer.
Sans cette capacité, les gens n’ont pas le moral, et ils se bourrent d’anxiolytiques. Sujet au coeur du problème contemporain, s’il en est.
Attention, il y a tellement de gens qui ont utilisé le concept d’âme que sa définition peut varier selon les époques. Cependant, je ne l’assimilerais pas à l’inconscient, qui est un concept Freudien, du XIXème siècle, donc postérieur.
Âme vient du latin animus, qui a donné animaux et animé, par exemple.
Si l’animal est dit avoir une âme, c’est qu’il s’anime de lui-même : il a ses petits rituels : chercher de la nourriture, marquer son territoire, s’abreuver, dormir,...etc (cf éthiologie)
Il y a deux sortes de causes.
La cause des choses inertes est toujours externe (la chose subit une force) : notion d’inertie. Mais chez les êtres animés, il y a en plus de cette causalité externe, une causalité interne, dont la conséquence est l’animation. Cette cause interne chez l’être animé, c’est sa fin, sa volonté, sa raison, son désir, son motif,...etc (ma volonté cause mes actes).
Donc on ne peut pas modéliser l’être vivant tel un objet inerte. L’être inerte subit totalement les causes externes à lui. En revanche, l’être vivant a quelque chose en plus : si son corps subit les causes externes à lui-même, son âme génère en son intérieur ces causes qui l’animent.
Or l’être animé peut vouloir cesser d’être, par une cause interne à lui-même, et donc se faire périr. Donc la proposition Spinoziste est fausse. Ce sophisme vient d’une mauvaise distinction entre l’inerte et le vivant.
Machiavel : Je ne sais pas si c’est ce que tu dis, mais je trouve qu’il serait déraisonnable de dénier toute pertinence au désir d’avoir. L’homme a besoin d’avoir, ne serais-ce que pour se nourrir, pour se loger, pour se déplacer. Une société organisée doit pouvoir alimenter ce désir d’avoir, si celui-ci est tempéré et raisonné.
Le problème de la société actuelle est qu’elle cherche à alimenter uniquement le désir d’avoir par ses biens marchand, voire même, et c’est là une perversion, elle prétend satisfaire le désir d’être par des biens matériels.
Or nous sommes là dans deux ordres différents, l’un spirituel pour l’esprit de l’âme, avec la notion de Bien spirituel, l’autre matériel pour le corps de l’âme avec la notion de Bien matériel (pas nécessairement marchand soi dit en passant). Spirituellement, l’esprit a besoin que les choses aient un sens pour se sentir bien, il a besoin de se sentir entouré d’amis et de gens fidèles. L’esprit a des besoins spirituels comme le corps a des besoins matériels.
Note : La gauche, par son matérialiste, tend souvent à expliquer la misère
spirituelle par une misère matérielle. C’est une faute de conception de
l’homme.
Nous devons donc distinguer entre se sentir Bien spirituellement et se sentir Bien matériellement. Les réponses à ses deux nécessités obéit à des logiques différentes.
L’Avoir s’accumule au travers des générations. Mais l’Être doit constamment être pris en charge, naissance après naissance.
Sur ce point, cela dépend de la conception de l’âme. Je ne sépare pas l’âme du corps.
Quand l’état d’une chose se dégrade trop, elle ne parvient plus à subsister. Dans ce cas, c’est un défaut de l’état interne de la chose qui la fait périr : elle ne peut plus se maintenir en l’état. Quand quelqu’un a très faim, il finit par se nourrir en interne de ses propres tissus. Ici ce n’est pas une agression externe, mais interne.
Quant à la fonction morale de l’âme, d’où émerge ce qui est volitif chez l’Être, lorsqu’elle est dégradée, comme chez le suicidaire, la volonté de subsister se fane.
De plus, il existe des martyrs et autres kamikazes, ce qui achève de montrer que la volonté de subsister et de se conserver ne détermine pas absolument l’acte : certains veulent mourir pour défendre une cause.