OK, de toutes façons, l’organicisme est une société de castes (donc élitiste). Après, il est clair que selon les époques, ce que l’on peut faire admettre aux gens du bas (par conditionnement) est plus ou moins violent (d’où la crise pour revenir à des niveaux de soumission plus intéressant).
Je crois hélas qu’on arrive à la limite du raisonnement. Si une société holiste et organiste a pour but le bonheur de ses individus, alors quel est son but à elle ? J’ai bien peur que les réponses à cette question soient aussi nombreuses que contradictoires. Certains accepteront de boire leur urine pour aller sur Mars pendant que d’autres préfèreront vivre dans un environnement calme et naturel.
C’est en ce sens que je suis "libéral", car je crois que les différences humaines sont telles qu’on ne pourra jamais les coordonner dans une but unique sans soumission. Et à partir de là, on doit laisser un maximum d’autonomie à chacun, tout en s’assurant que chacun ait le minimum.
Mais l’erreur que l’on fait est de considérer la collectivité comme un tout (avec une direction unique) : en fait, chacun devrait pouvoir se reconnaitre dans certaines activités collectives (mêmes concurrentes), et chacun devrait pouvoir y donner son énergie par conviction. Un peu comme il existe des projets en informatique libre sur internet qui attendent des bénévoles pour les faire avancer. Cela suppose toujours d’être libéré des contraintes élémentaires.
Je ne pense pas que la baisse générale du niveau de l’éducation soit liée à une volonté de niveller. Je crois que le niveau a d’abord chuté (certains élèves de sachant plus lire en 6ème) et que l’on a niveller par la suite.
Une des premières causes est sûrement le manque de temps des parents (moins d’affection car les 2 travaillent).
La cause fondamentale est quand même le système élitiste justement : ceux qui réussissent (en apparence) dans le système sont les acteurs, les sportifs, les chanteurs (c’est ce qui apparaît aux jeunes à travers les médias : on ne parle bien entendu à aucun moment des intermittents du spectable ou des sportifs qui ne gagnent rien). Le chômage, largement perçu, ne donnant aucun attrait à l’école.
Donc encore une fois, si on veut une société élitiste, il est normal que ceux qui ont la charge de divertir les autres gagnent plus que les autres (grâce à la duplication de l’information) : il est alors parfaitement évident que les jeunes veulent rentrer dans ce monde-là, même s’il est aussi perdant qu’un billet de loto. On ne se prive absolument pas de faire réussir des jeunes issus de la banlieue pour faire vivre cet espoir. Je pense que le dernier stade de la soumission est la prostitution, et c’est une excellent moyen de la généraliser.
C’est là nos divergences. La collectivité, pour survivre aux autres collectivités, devait avoir des objectifs qui dépassait l’individu. Aujourd’hui, avec la bombe atomique, pourquoi mettre la collectivité au-dessus de l’individu ? Une collectivité qui se porte très bien composée d’individus malheureux n’a aucun intérêt.
Pour ce qui est de la hiérarchie utile, je préfère parler de compétences et de formation. Mais je suis sûr que l’on peut se passer totalement du modèle militaire (chef-pion) dans une organisation collective.
Je n’ai effectivement aucun rêve de grandeur pour la collectivité, je ne crois à aucune construction collective qui donnerait un sens nouveau à l’homme (avoir cet espoir, c’est sûrement une cause de divergences profondes, en l’occurrence, sur le sens global que chacun veut donner à cette collectivité, élitisme absolument nécessaire ici). Même si j’aime beaucoup l’abstraction (programmation entre autre), je suis terre-à-terre.
Je crois avoir été traité de sectaire ("comment sauver la démocratie" au lieu de "comment améliorer les choses"), mais à présent que je relis un peu les commentaires, je peux vous retourner ce joli qualificatif (sachant que la démocratie n’est pas du tout en place, elle ne peut donc pas être sauvée).
Car si la question "comment améliorer les choses" est bien fondamentale, il faut savoir ce que l’on met derrière une amélioration. Il me semble que vous êtes très attaché à la productivité, à tirer le meilleur parti des gens selon leur compétence, etc... Mais dans quel but ? C’est ça, la vraie question. Quel sens donner à la vie ? Et personne a la réponse à cette question pour les autres, c’est à chacun de trouver sa réponse.
Hier, j’ai repiqué des tomates, des poireaux, des poivrons..., planter des fraisiers, fait un footing, etc... Et on pourrait se dire, c’est dommage, avec un diplôme d’ingénieur de faire de si "petites" choses. Sauf que si je ne suis pas épanoui dans le monde du travail, à devoir me plier au profit d’une boite quelconque, alors ces petites choses valent mieux de mon point de vue et c’est ça qui compte. Donc améliorer les choses, ce n’est pas faire du tape à l’oeil avec des machines toujours et encore plus grosses, voir des chiffres qui s’envolent... C’est en premier lieu se sentir bien, se sentir libre. Bien sûr, je ne peux pas me libérer de ma condition animale : je devrais m’alimenter jusqu’à ma mort. Mais une société libre devrait pouvoir se faire oublier.
La coopération peut amener à des réalisations époustouflantes, mais si elle nécessite la soumission du plus grand nombre sans qu’ils en tirent un bénéfice à la hauteur de leur sacrifice, il faut savoir la rejeter (d’ailleurs, on ne peut plus parler de coopération mais de parasitage). Disons que quand je vois un beau monument (ou toute autre réalisation collective), je vois aussi tous ces gens qui ont travaillé sans le vouloir. Et ça parait déjà beaucoup moins beau, beaucoup moins souhaitable.
Si l’on ne veut pas être sectaire, il faut savoir se détacher du matériel, de l’argent et imaginer ce que la vie des autres est réellement.