@Gollum Je ne dirais pas que l’ignorance est une vertu sur un plan spirituel, pas du tout même.
je me suis rendu compte de la difficulté de mon propos quand j’ai parlé ensuite du voile de l’ignorance. Deux ignorances qui ne sont pas la même chose, l’une pouvant d’ailleurs se cacher sous le masque du savant.
je pense que le commentaire de Gollum, répond à la question sur la défaite du mutazilisme.
J’aurais tendance à penser que cette défaite est la victoire d’un ordre symbolique qui veut que la raison se range sous la Transcendance telle qu’Elle s’exprime dans la révélation (d’un point de vue islamique, donc). Sans cet ordre symbolique, la raison est condamnée a errer dans le piège des illusions ; ce qu’on voit aujourd’hui dans l’occident aristotélicien.
Je suis donc d’accord avec Gollum, même si son commentaire vient en apparente contradiction au mien.
@Éric Guéguen mon propos n’est pas de décrier la raison. Les sociétés humaines sont construites sur la raison, nous communiquons (ici par exemple) au moyen de la raison. Vous dites qu’il faut s’occuper de la politique, à quoi je réponds que je suis d’accord même si personnellement je ne le fais pas, et faire de la politique, c’est utiliser sa raison pour construire un monde humain raisonnable.
Sauf que la raison ne permet pas d’accéder à la Réalité (Dieu, donc) et qu’il faut plutôt s’en défaire dans une démarche spirituelle.
Nous sommes ici face à une dichotomie très classique entre le religieux et le spirituel, entre l’exotérisme et l’ésotérisme, entre l’orthodoxie et la mystique.
Je disais à Frida que les sunnites orthodoxes considèrent le soufisme comme une hérésie, c’est précisément parce qu’ils sont une folie qui vient briser la raison de la loi. Mais les soufis, eux, se considèrent comme parfaitement intégré à la société islamique et ils insistent sur la nécessité de la loi et du rite, du raisonnable donc. Sauf qu’ils cherchent à conduire au-delà, à dépasser l’apparent humain pour, in-fine, connaitre le Réel au moyen de l’intuition pure.
c’est comme si nous étions face à deux niveaux différents, qui ne s’exclut pas mais se complètent. Le niveau humain, raisonnable, et le niveau divin, irrationnel et inaccessible au moyen de la raison.
Mais effectivement le temporel prime sur le spirituel, c’est en ce sens en tout cas que je m’en tiens, dans mes commentaires, à l’orthodoxie sunnite, c’est à dire à l’islam raisonnable.
Le bouddhisme est pour moi clairement une spiritualité et nullement une philosophie.
Le bouddhisme (tantrique ou zen) consiste à déchirer le voile de l’ignorance en cultivant la présence au monde.
La philosophie, qui est un produit de la raison, tisse au contraire le voile de l’ignorance, en accumulant, entre soi et la réalité, des monceaux d’abstraction.
C’est à mon avis le Zen qui va le plus loin dans cette direction en tentant de briser toute forme d’intellectualisme.
@Éric Guéguen Je ne sais pas si mon commentaire réponds à vos questions.
Quoi qu’il en soit, la spiritualité ne consiste pas à se poser des questions, - c’est le travail de la philosophie -, mais à trouver des réponses. Réponses qui doivent surgir d’elles mêmes comme fruit du travail spirituel. Ce travail spirituel, c’est le détachement. Détachement du corps : le jeûne, la charité. Détachement de l’esprit, la prière, l’obéissance.