@Zatara Oui, les sociétés produisent ces modèles morbides, mais je voulais insister sur le fait que les sociétés peuvent les perpétuer comme norme invisible (ce qui est plus sournois). Tandis que la puissance vitale de la nature peut aussi produire par accident des "anomalies" plus ou moins drôles ou monstrueuses (une chèvre à 5 pattes), mais elle met alors une limite à leur perpétuation, par la mort ou par l’infertilité. Les chèvres à 5 pattes ne font pas des associations pour normaliser leur anomalie et réclamer le droit d’avoir des chevreaux à 5 pattes.
La "morbidité" ne peut pas être le principe premier d’une forme de vie, puisqu’elle est par définition (celle du dictionnaire) un défaut de vitalité. La vie n’entretient pas la morbidité, aucune forme de vie n’est donc morbide en soi. Un être humain est dans un état morbide quand la nature humaine ne s’exprime pas pleinement en lui, donc par manque d’humanité, physiquement ou psychiquement. Et quand une forme de morbidité (donc une maladie) apparaît dans un corps humain, le principe vital tend à la repousser, puis éventuellement à empêcher ce corps de se reproduire avec son anomalie. Si, finalement, la nature ne peut rétablir la santé fondamentale d’un corps malade, elle l’abandonne à la mort pour le recycler. Déclamer que l’espèce humaine est "une maladie de la nature" n’est que de la petite prose sous-nietzschéenne qui accompagne la période des crises d’acnéjuvénile, le moment où l’on dessine des têtes de mort sur son classeur de collège en boudant et en se prenant pour l’agent Smith de Matrix.
D’où l’intérêt de comprendre ce que pourrait être une société vivante, un véritable organisme social. Parce que celui-ci repousserait la morbidité tout comme notre corps la repousse... ou meurt.
Bien sûr que non, vous ne me citez pas, ni en forme ni en substance. Je n’ai jamais écrit : "Une société idéale est une société où il y a le moins d’injustice possible."
Je n’ai pas parlé de "société idéale". C’est vous qui errez dans les limbes de l’idéalisme contrarié (et au passage, c’est vous aussi qui nous cassez visuellement les oreilles avec votre rire satanique jaune bilieux permanent). Pour ma part, j’ai au contraire défini la politique comme une recherche de solutions collectives concrètes les moins mauvaises pour une époque donnée, et j’ai bien précisé que ces solutions ne peuvent être ni parfaites ni éternelles. Pour tout ce qui est commun, "les solutions les moins mauvaises", ça veut généralement dire les moins stupides et les moins injustes pour la plupart des gens (je n’y peux rien, c’est un constat). Il n’y a pas de société "idéale" qui tienne ici. Il y a dans l’histoire humaine des sociétés où l’on estime que la solution "la moins stupide et la moins injuste" consiste, par exemple, à pendre un voleur de cheval, à couper la main d’un cambrioleur ou à faire bouillir un homosexuel dans une marmite.