@Gollum "Le Je est unique. Et n’est pas une personne. Bien qu’il puisse se manifester sous la forme d’une personne. Le Je ne s’aime pas lui-même. D’autre part il est infini, non limité et libre. Ce qui n’implique pas le libre-arbitre qui n’a strictement aucun sens dans un tel cadre. Bien que libre il n’a pas le libre-arbitre parce qu’il ne décide rien."
Je dirais même que le Je n’a pas besoin de libre arbitre puisqu’il est libre. Mais le fait que la vraie liberté ne consiste pas en la possibilité de choisir, voilà une notion qui n’est pas facile à comprendre pour tout le monde.
Merci pour cette longue réponse à laquelle je vais apporter un commentaire attentif et mesuré.
"D’un point de vue biblique Dieu nous demande de le croire sur parole quand il nous dit que si, l’homme est responsable malgré tout. Ce mystère qui échappe à notre rationnalité humaine sera résolue lors du jugement."
Pourquoi êtes-vous attaché à ce livre plutôt qu’à un autre ? Vous n’avez pas la naïveté de penser que la Bible, qui est une compilation de textes très divers a été écrite par l’Absolu en Personne, quand même ? Et surtout pourquoi vous attacher à un livre qui dit des choses absurdes pour en faire des mystères ? Le livre est peut-être simplement contradictoire et insensé et non divinement mystérieux. Ce désir d’absolutiser un simple bouquin n’est-il pas du fétichisme, un besoin de trouver de l’absolu dans un amas de cellulose et d’encre, comme on pourrait le trouver dans un coquillage ou une pierre ?
"D’un point de vue scientifique il n’y a aucune preuve du libre arbitre et pourtant les gens sont responsables de leurs actes."
Laissons de côté la "preuve scientifique" quand nous parlons de spiritualité ou même simplement de philosophie et de psychologie, cela vaudra mieux, car ce sont des domaines différents de la culture qui ne sont pas régis par les mêmes règles. Il n’y a aucune preuve scientifique non plus que l’univers est conscient (ce que vous appelez "Dieu") et pourtant je ne trouve pas méprisable d’en avoir l’intuition ou simplement le sentiment. L’absence de preuve n’est pas preuve d’absence.
"Nous ne sommes pas des automates, mais les créatures de Dieu, dont le plan divin est parfait. Certains naissent infirmes, d’autres ont le cancer à 5 ans, d’autres naissent riches, beau, pauvres, laid, etc. "Tout cela a pourtant un sens, qui nous échappe la plupart du temps, sauf à de rares exceptions."
Si cela nous échappe, pourquoi prétendre avoir des certitudes. Pourquoi affirmer des choses sur le libre-arbitre ? Pourquoi ne pas admettre que vous ne savez rien, que ce domaine est un mystère qui vous dépasse ?
"Et nous vivons au mieux en nous considérant comme des agents de Dieu incapables de faire autrement que ce que nous faisons, plutôt que comme des agents libres capables de faire ce que nous voudrions. Ainsi nous pouvons pardonner et attribuer les peines les plus adaptées possibles."
Il y a une contradiction ici : comment pourrions nous pardonner si nous ne pouvons pas choisir de pardonner ? Autre contradiction : si nous sommes incapables de faire autrement que ce que nous faisons, alors nous sommes clairement des automates, contrairement à ce que vous dites plus haut.
"Dieu nous explique que notre nature nous contraint à choisir le mal systématiquement, ce dont nous sommes responsables. Mais Jésus sauve ses élus en leur faisant croire à Lui et à sa justice. Si vous n’y croyez pas, vous croyez donc au libre arbitre et la question de l’injustice de Dieu ne se pose pas. Vous irez en enfer pour ne pas avoir cru à Dieu mais lui avoir préféré le libre arbitre. C’est Dieu qui choisit, pas vous ni moi. Nous ne pouvons nous résoudre qu’à expliquer ce que Dieu a choisi souverainement, car il est libre et pas nous."
Ce que vous décrivez dans cette partie est une combinaison mentale extrêmement contradictoire (la première phrase "Dieu nous explique que notre nature nous contraint à choisir le mal systématiquement, ce dont nous sommes responsables".est singulièrement contradictoire, c’est du niveau d’un symptôme psychiatrique vraiment inquiétant, je suis désolé de vous le dire). Il existe des millions de combinaisons mentales comme celle-ci. Bien évidemment, "Dieu" ne vous explique rien. Cette description est une construction qui existe seulement dans votre tête, un scénario comme on en fait pour le cinéma. Ce qui est malheureux, c’est que vous semblez y "croire" comme vous dites. Votre raison se met au service de cette croyance et donc ne peut plus en être le garde-fou. Soyez à présent attentif à ma question finale : si vous laissiez tomber cette croyance qui encombre votre esprit, sans la remplacer par une autre aussi fantaisiste, ne seriez-vous pas, dans dans cette nudité spirituelle, plus disponible et plus proche de l’Ineffable ?
Et c’est la position la plus sage sur une question aussi subtile, qui implique des niveaux de réalité qui échappent à notre conscience. La prétention du minuscule cerveau humain à décrire en détail le motif du caleçon de l’Absolu est prodigieusement comique.
@Jean Robin "c’est parce que la tuile n’est pas consciente qu’elle n’engage pas sa responsabilité."
C’est vrai mais non suffisant. La tuile n’engage pas sa responsabilité parce qu’elle n’est pas consciente ET parce qu’elle n’a pas le pouvoir d’accomplir une intention. Cependant s’il un homme commet un acte malveillant parce qu’il est programmé pour être malveillant depuis l’éternité, il ne peut pas non plus être responsable de sa malveillance qui lui est imposée de l’extérieur ("à l’insu de son plein gré" comme on dit dans le cyclisme survitaminé) quand bien même serait-il conscient de cette malveillance. Pour en être responsable, il ne doit pas être un automate conscient de ce qu’il fait, comme un spectateur de pulsions qui s’imposent à lui mais il doit être une personne autonome en réelle capacité de faire et de ne pas faire. On pourra alors lui faire le reproche suivant : tu aurais pu ne pas faire et cependant tu as fait ceci ou cela. Or, s’il était "écrit" à l’avance qu’il devait faire, il ne pouvait donc pas ne pas faire. Dans ce cas, il n’est pas responsable. Le responsable est le manipulateur derrière la marionnette.
@Jean Robin "Tout est écrit d’avance mais ni vous ni moi ne savons ce qui est écrit, et ce qui est écrit dépend de ce que nous faisons."
Cette phrase est contradictoire sans second degré. Ou bien je ne vois pas ce second degré. Si ce qui est écrit d’avance dépend de ce que nous faisons maintenant, vous inversez simplement l’ordre chronologique de la causalité. A la limite, c’est une figure de style, un renversement littéraire amusant, mais qu’est-ce que cela change en termes de philosophie de l’existence ?