| Rédaction | Depuis | Articles publiés | Commentaires postés | Commentaires reçus |
|---|---|---|---|---|
| L'inscription | 0 | 46 | 0 | |
| 1 mois | 0 | 0 | 0 | |
| 5 jours | 0 | 0 | 0 |
@yoananda2
On ne va pas jouer sur les
mots.
Quand j’évoque la charge sémantique d’un mot,
son épaisseur sémantique, sa puissance évocatrice
(voire évocatoire),
j’y inclus bien évidemment la charge émotionnelle. En bon
disciple d’Orwell sur ce point, je n’oublie pas le poids énorme
que peut avoir un
mot sur nos psychés ou,
à l’inverse, son caractère neutre ou « anesthésiant »
permettant de
rendre acceptable une réalité inacceptable.
D’où ma
circonspection et à ma réticence quand j’entends dire qu’il
faut nommer différemment le fascisme lorsqu’il
ne se manifeste pas sous sa forme canonique, lorsqu’il
se manifeste sous d’autres apparences, qu’il
revêt d’autres
oripeaux et avance à
petits pas.
Au sujet de la fenêtre d’Overton, il est évident qu’un mot peut perdre de sa force, soit en se démodant soit en étant trop souvent employé. Un exemple banal, l’hyperbole « c’est génial » pour dire « c’est excellent ». Regarde le mot « coquin » : du temps de Molière c’était une insulte grave, qui pouvait entraîner un duel. Le mot « fasciste » a conservé son pouvoir sémantique, et il a encore de beaux jours devant lui, pour le meilleur et pour le pire. Pour le meilleur car il est sain d’en éprouver de la répulsion. Pour le pire car il sert à désigner commodément un ennemi bien identifié dont on se démarque en le traitant de la sorte, en rejetant toute la faute et toute la vilénie sur ce bouc émissaire, actuellement le Rassemblement National, ce qui permet de ne pas voir le fascisme en marche de l’Union Européenne. Tant qu’il sert à désigner le vilain, le mot fascisme gardera sa force répulsive. Mais pour les besoins de la cause (alliance avec le RN par exemple) ce mot fera l’objet d’un révisionnisme qui consistera à le réhabiliter petit à petit. Il suffira de parler des vertus de l’ordre, de stigmatiser les éléments factieux générateurs de division ou de désigner des saboteurs de l’économie à la solde de la Russie ou de la Chine.
@maQiavel
Il faut surtout pas changer de
nom, malheureux !
Je sais bien que les communistes,
autrefois, appelaient « facho » tout ce qui bouge et qui
est de droite (comme l’a rappelé Aude Lancelin). Mais le mot
« fasciste », lui, n’a pas été galvaudé : il a
gardé sa force de répulsion dans l’inconscient collectif. Fais
l’expérience. Mets-toi devant la glace et dis « je suis un
fasciste », tu verras l’effet produit. Ou bien compare ces
deux phrases : « c’est un sale fasciste » et
« c’est un sale écologiste ». Tu sens bien la
différence. Quoi qu’on
puisse penser des écologistes, reconnais que ça sonne mal. Bref, le
mot fascisme, de par ses sonorités qui évoquent le serpent, et de
par le fait qu’il est associé au mal de manière presque
universelle (1), a en lui une force de répulsion très utile. Il ne
faut pas brader ce patrimoine sémantique. Trouver un nouveau nom, ce
serait commencer à ouvrir une fenêtre d’Overton (2) : le
changement de nom aurait pour effet d’en
édulcorer le signifié,
comme quand tu dis « anthropophage » au lieu de dire
« cannibale ».
En ce qui concerne la distinction entre fascisme historique et fascisme au sens large, je n’ai, contrairement à toi, aucun attachement aux figures historiques figées dans le marbre. Ce qui m’intéresse, c’est de comprendre en profondeur, et donc derrière la forme historique contingente qu’ils ont revêtue, les ressorts psychologiques et anthropologiques du fascisme.
Concernant les distinctions entre fascisme, nazisme et totalitarisme – que tu n’as pas évoquées mais que j’anticipe – elles sont, à mon sens, de peu d’importance car ces idéologies ne diffèrent pas en nature mais en degré et qu’elles diffèrent essentiellement par les moyens qu’elles mettent en œuvre.
Je ne prétends pas détenir la vérité ni ne cherche à te convaincre. Je te fais part, simplement, de l’état actuel de ma réflexion. Sans entrer dans le détail, je pense que tout l’effort devrait consister à montrer que, avant de se matérialiser dans un régime politique, le serpent fasciste se glisse dans les esprits. J’y reviendrai dans un prochain message, ce post est déjà assez long comme ça.
(1) Je dis « presque » universelle parce qu’il y a des fascistes sans complexe dans les pays baltes et en Ukraine. Pour eux, le mot fascisme n’est pas péjoratif ; au contraire, il est auréolé de force et de grandeur.
(2) Excellente vidéo, pour comprendre ce qu’est la fenêtre d’Overton en 2min43s : https://www.youtube.com/watch?v=R1CzNwL2V1M
C’est brouillon. Il n’a pas la pédagogie d’un Christophe Guilluy. Un grand absent : le fascisme en Ukraine. Le fait qu’il ne soit même pas cité dans la liste des régimes fascisants est révélateur. Bruno Palheta aurait pourtant, avec l’Ukraine, la possibilité unique d’étudier le fascisme in vivo. Il verrait notamment que le fascisme n’est pas nécessairement un phénomène de masse : il est minoritaire en Ukraine, ce qui ne l’a pas empêché de prendre le pouvoir, de s’y maintenir et d’imposer son idéologie. Il suffit d’un appui étranger. Il suffit de contrôler les postes stratégiques (police, services de renseignement, armée), d’avoir des milices et des bataillons punitifs qui terrorisent la population et même le gouvernement, d’avoir des militants fanatisés façon antifas pour empêcher les gens de s’exprimer, d’avoir un site internet (Mirotvorets) qui publie les coordonnées des « impurs » idéologiquement pour ceux qui voudraient aller les tuer. Petite parenthèse : je suis sûr que les antifas rêvent de faire la même chose. Il suffit d’un matraquage propagandiste qui lave les cerveaux et criminalise les opposants, qui criminalise la pensée tout court. Il suffit que les pays occidentaux et leurs médias ne s’y intéressent pas, feignent d’ignorer ce qui s’y passe, regardent ailleurs. Il suffit de rendre tout changement de politique impossible par la menace d’un putsh. Il suffit de soigner les apparences en organisant des élections qui ne servent à rien.
Tout ça pour dire que le fascisme rampant, qui garde l’apparence de la démocratie et qui s’installe progressivement par dérive autoritaire du pouvoir déjà en place est bien plus à craindre que le fascisme « folklorique », costumé et nostalgique d’un passé révolu tel qu’il existe en Ukraine et qui ne se maintient que parce qu’il est utile à l’État profond étasunien. Palheta parle, surtout vers la fin de l’entretien, du danger des politiques néolibérales à marche forcée. C’est bien, mais il ne voit le fascisme que comme un ennemi extérieur qui risque de prendre le pouvoir. Je pense que le fascisme, plutôt que par une prise du pouvoir, risque davantage d’émerger petit à petit de l’intérieur même du pouvoir, que ce soit par la manière forte et brutale, ou que ce soit de manière orwellienne.
@maQiavel
Merci pour ces éclaircissements. Je comprends mieux maintenant. C’est que l’agacement qu’ont suscité en moi les deux critiques m’a déconcentré.
Cette discussion sur la connerie me fait l’effet d’un dîner de cons, à ceci près que le sujet étant la connerie, les intervenants prennent la précaution oratoire de dire qu’ils n’en sont pas exempts, ou pas toujours. Habile précaution tant il est vrai que celui qui reconnaît sa connerie en est absous : paradoxalement, on prouve qu’on n’est pas un con quand on admet l’avoir été. L’effet "dîner de cons" que je ressens c’est à cause de cette manière de parler doctement de la connerie, chacun se croyant obligé de convoquer son savoir érudit. La femme, notamment, qui revient sans arrêt sur l’esclavage, en est l’illustration parfaite. Elle me fait penser au passionné de boomerang qui "peut vous décapiter un kangourou à cinquante mèèèètres !!!" Cette façon de ne pas s’extraire de sa science et de jouer son personnage me semble être une forme de connerie.
J’ai relevé des choses intéressantes, comme par exemple le fait que le mot con est difficile à traduire dans d’autres langues. Ce constat aurait dû conduire à distinguer la bêtise et la connerie. C’est pourtant le cœur du sujet : la connerie est autre chose que la bêtise. On peut être intelligent et être con, par contre on ne peut pas être bête et être intelligent sauf coup de bol. Mais on peut être intelligent et bête, par paresse ou par fatigue.
J’ai oublié ce qu’a dit le connologue au sujet de la sottise. Elle aussi se distingue de la bêtise : c’est la prévention au sens de Descartes, c’est-à-dire la précipitation, le fait de porter un jugement sans s’être donné le temps de la réflexion. Nous sommes tous sots à un moment ou un autre de la journée car la nécessité d’’agir rapidement ne nous laisse pas toujours le temps de la réflexion.
Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Ubuntu, PHP, MySQL, CKEditor.
Site hébergé par la Fondation Agoravox
Contact / Mentions légales / Cookies et données personnelles / Charte de modération


