Reportez-vous à la phrase de Bossuet. Le devoir y est un impératif, car c’est à lui que doit s’arrimer la volonté. La notion de volonté bien réglée n’est plus comprise aujourd’hui. Une volonté bien réglée, c’est une bonne volonté, pleine de vertu, qui s’évertue à accomplir son devoir. Une volonté déréglée, c’est une mauvaise volonté, pleine de vice, qui s’éparpille dans les menus plaisirs.
La personne chrétienne est incluse dans un réseau de devoirs à l’égard d’abord de Dieu, ensuite de la société. L’individu libéral n’est inclus dans rien du tout, il poursuit simplement son désir égoïste.
C’est là qu’est la grande différence. Elle se traduit principalement en terme d’éducation.
Une éducation chrétienne va chercher à détourner l’enfant de sa recherche instinctive du plaisir, afin de régler sa volonté à ses devoirs, pour l’élever à "l’âge viril" selon les mots de Tocqueville, c’est-à-dire à l’âge adulte et à la majorité.
Rien de tel dans une éducation libérale, l’enfant est laissé à errer au gré de ses plaisirs, rien ne doit venir réguler ses volontés (il est interdit d’interdire). Du coup, l’enfant qui devient adulte par le corps, reste un enfant dans l’esprit.
Le christianisme, avec Bossuet, dit : "La liberté, c’est pouvoir ce qu’on peut, et vouloir ce qu’on doit." Le libéralisme nous dit : "La liberté, c’est pouvoir ce qu’on veut et vouloir ce qui plaît."
L’éducation chrétienne est donc plus dure et plus exigente que l’éducation libérale, la volonté de l’enfant ne se réglant pas en le laissant faire ce qui lui plaît, puisqu’il s’agit de détourner sa volonté de la recherche égoïste du plaisir pour l’orienter à l’accomplissement des devoirs collectif, ceci parfois au prix de châtiments ou de punitions.
C’est ce type d’éducation que certains veulent voir comme fasciste, et c’est aussi une des raisons pour laquelle le niveau de l’exigence scolaire diminue tant.
Mais le handicap à l’âge adulte est considérable pour l’enfant qui n’a pas été élevé au dessus de la recherche animal du plaisir, car il ne sait faire face aux nécessités qu’il a. En conséquence, il est voué a perdre sa liberté tôt ou tard. Soit qu’il se fasse esclave d’une substance pour finir dans un caniveau (comportements addictifs), soit qu’il sombre dans des comportements criminels par vice (DSK), soit que dans l’incapacité de se nourrir lui-même, il finisse par accepter de lui-même de se faire esclave d’un maître qui le nourrira.
C’est donc la culture qui est en cause, celle qui produit un certain genre de structure mentale. C’est le refus d’élever l’enfant au-delà de l’animalité et de régler sa volonté, pour l’orienter dans un sens propre à avoir une société prospère. C’est le refus de toute discipline, le refus de toute punition. C’est le laisser-faire qui se traduit en laisser-aller. La décadence, quoi !
Un discours, c’est une énonciation verbale. Un type de discours a sa forme d’énonciation propre.
Ce qui fait l’essence d’un discours, c’est donc la forme de son énonciation, autrement dit la logique de ses enchaînements, sa syntaxe, sa grammaire.
La "grammaire" des discours de Soral reste dialectique, en cela, ses discours sont de type hégélien, mais dans leur variante Marxiste (Chez Hegel le mouvement dialectique de l’histoire est sans fin, chez Marx il se termine par la victoire de l’antithèse).
Soral pose une thèse au départ (chez Marx, la classe bourgeoise ; chez lui "la communauté organisée"), il y fait s’opposer une antithèse (chez Marx la classe prolétaire ; chez lui "le peuple des goys"), et son discours énonce l’histoire de cette lutte qui doit se terminer par la victoire du "peuple des goys".
C’est la raison pour laquelle je dis qu’il en reste toujours à des mécanismes intellectuels de type marxiste. Bien qu’il opte pour d’autres les catégories dans cette moulinette intellectuelle, il continue à employer cette moulinette.
Pour faire une analogie, je dirais que le plat marxiste consiste à faire une purée en moulinant des pommes de terre et des navets, tandis que le plat soralien revient à faire une purée en moulinant des petits poids et des carottes : dans les deux cas, ça fait de la purée au final.
MaQ : Ok, désolé pour avoir mal lu, j’avais zappé le "tous", dans "nous avons tous des conceptions différentes de l’homme".
Quand j’écris dit que je prends l’intelligence comme la cause de l’acte, je prends en compte le fait que l’intelligence précède l’acte dans le temps. Je ne vois ce qui est contestable là-dedans, ni d’idéaliste, c’est juste une évidence...
D’ailleurs cette simple phrase n’épuise pas la question de ma conception de l’homme, en particulier, ma conception de l’intelligence n’étant pas explicitée, cela ne dit rien de précis, donc pas la peine de sauter si vite sur ton baratin pré-mâché au sujet de mon prétendu "idéalisme".
Alors, quel est selon toi ma conception de l’intelligence ?
Maq : J’avais cru comprendre que pour toi l’homme est une machine guidée par le principe de plaisir "à la Spinoza", ce en quoi, tu devrais adhérer à l’idéal démocratique, n’est-ce pas ?
Tu prétends connaître ma conception de l’homme. Testons cette affirmation : quelle est ma conception de l’homme ?
@Eric Guegen : Attention, Platon n’a jamais affirmé que le talent était héréditaire : Dans le "Menon", il est même affirmé le contraire : la vertu ne s’enseigne pas, le tout agrémenté de l’exemple d’un politicien très vertueux dont le fils ne l’est nullement.
S’il y a une vertu dans l’hérédité, c’est qu’elle permet une forme de continuité, ce qui évite des conflits politiques et des guerres civiles car c’est un moyen de choisir sans ambiguïté le détenteur d’une autorité.