Éric Guéguen : Ben justement, le panthéisme d’Aristote a beaucoup d’inconvénient. Il empêche de penser correctement la pluralité des choses à mon goût.
Chez Aristote, tout chose découle de l’Être par une succession d’accident.
Dans le christianisme, Dieu crée toutes choses, chacune selon leur espèces. Il y a une pluralité intrinsèque au monde, l’unité étant dans l’entendement divin, mais pas dans les choses en tant que telles.
Le Christianisme a ingéré Platon sous Saint-Augustin, puis Aristote sous la scolastique, Leibniz en présente une synthèse remarquable.
Je pense que Machiavel a une lecture un peu distraite.
Il me reproche de dire qu’il n’y a pas des déterminismes, alors que j’ai cité la monadologie en soulignant : "où la résolution en raisons particulières pourrait aller à un détail sans bornes" Et que je lui fait part qu’il se condamne à sombrer dans le réductionnisme.
Ce n’est pas la première fois que je remarque cette "distraction"...
Le jour où Machiavel perdra sa manie de se placer dans un rapport de domination, il sera déjà un peu moins compulsif à toujours vouloir avoir raison, et sa lecture des écrits d’autrui sera déjà moins malhonnête...
Machiavel : Où donc ai-je nié des déterminismes ? Il y en a en évidence, comme je te l’ai maintes fois écrit (essentiels naturels, existentiels culturels).
Mais après, du moment que tu as le goût de la vérité, tu te détermines librement, en-dehors de tout déterminisme. Il m’arrive parfois de parvenir à une pensée qui me surprend et que je n’aurais jamais cru avoir...
Encore qu’il faudrait préciser de quel déterminisme tu parles exactement.
E. Guéguen : Leibniz avait ceci qu’il était très généreux (sauf qu’il s’est un petit peu inspiré de Fermat pour son calcul différentiel sans le citer). Donc Leibniz s’est inspiré de tous. Platon, Aristote, La scolastique, le christianisme,...etc
Le grand intérêt de Leibniz, et c’est là qu’il dépasse allégrement Aristote, c’est qu’il conçoit l’amélioration de la philosophie en lien avec celle du langage, où il excelle qui plus est.
La monadologie est un modèle de clarté, de précision et de concision. Elle se lit aisément. Mais le mieux, c’est encore de l’écouter.
En revanche, Aristote c’est illisible, car vraiment trop casse-tête. Aristote réduit le langage à de la logique. Les aventures de Socrates sont bien plus abordables et plus vivantes.
Il fallait bien un Verbe pour féconder tout cela...
Note : tu ne m’a vraisemblablement pas lu jusqu’au bout, car j’avais écrit :
Au bout d’un certain temps, l’homme
détermine lui-même sa propre pensée. Pour qu’il n’en soit pas ainsi, il
faudrait le soumettre à un collectivisme forcené, où il n’aurait jamais
aucun temps de solitude.
En fait Machiavel, tu cherches les déterminisme, mais tu es voué à te perdre dans le réductionnisme, car la tâche est impossible en pratique (et c’est là que s’est en grande partie perdu l’occident, en milles détours inutiles).
?????????????????????????????????????????????????????????? ?36. Mais la raison suffisante se doit trouver aussi dans les vérités contingentes ou de fait, ?c’est-à-dire, dans la suite des choses répandues par l’univers des créatures ; où la ?résolution en raisons particulières pourrait aller à un détail sans bornes, à cause ?de la variété immense des choses de la Nature et de la division des corps à l’infini. Il y a ?une infinité de figures et de mouvements présents et passés qui entrent dans la ?cause efficiente de mon écriture présente ; et il y a une infinité de petites ?inclinations et dispositions de mon âme, présentes et passées, qui entrent dans la ?cause finale. ? ?37. Et comme tout ce détail n’enveloppe que d’autres contingents antérieurs ou ?plus détaillés, dont chacun a encore besoin d’une analyse semblable pour en ?rendre raison, on n’en est pas plus avancé : et il faut que la raison suffisante ou ?dernière soit hors de la suite ou séries de ce détail des contingences, ?quelqu’infini qu’il pourrait être. ? ?38. Et c’est ainsi que la dernière raison des choses doit être dans une substance ?nécessaire, dans laquelle le détail des changements ne soit qu’éminemment, comme ?dans la source : et c’est ce que nous appelons Dieu. ?????????????????????????????????? ?Leibniz, Monadologie. ????????????????