A mon avis, Lordon ou Steigler s’inspirent largement du travail de Dany Robert-Dufour.
Au lieu de conatus ou de libido, on pourrait aussi partir du concept de concupiscence, afin de profiter à plein de la réflexion historique.
La misère spirituelle actuelle fait se porter les fins vers la possession : - possession d’argent pour acheter. - possession d’hommes pour dominer. ...etc
Mais il n’y a pas que la possession, il n’y a pas que l’avoir. En fait, pour la plupart des gens, ce genre de spiritualité est très fade et ils s’en ressentent avilis : les gens ont plutôt envie d’être que d’avoir.
C’est le problème des pervers : ils se sentent vides, alors ils tentent de combler ce vide par la possession. Mais ainsi, ils ne peuvent jamais être remplis ni satisfait. Posséder n’emplit pas.
Le vide d’être en soi ne peut être compensé par l’avoir d’une chose hors de soi.
C’est en fait l’amour lui-même, sa fin et sa manière qui sont pervertis.
2. Notre société capitaliste, donc basé sur l’argent, perturbe
directement nos désirs, puisque sans argent, pas de désirs qui se
transformeront en joie
Qui n’a jamais éprouvé du plaisir en achetant le dernier joujou électronique à la mode ? Ou encore une belle paire de grolles ?
En vérité, c’est l’absence de spiritualité de monde contemporain qui appauvrit la palette de nos désirs.
La société de consommation ne propose plus qu’un seul genre de désir : celui de posséder, le désir d’avoir...
Une civilisation de plus haut-niveau s’évertuerait à recentrer nos désirs sur le désir d’être. Les moeurs actuelles d’ailleurs voudraient nous faire croire qu’il suffit d’avoir pour être. Or ce n’est pas le cas. Celui qui ne pense qu’à avoir ne sait qu’être possessif.
Sur ce point, je m’accorde plutôt avec Bourre-pif, tout ramener au désir me semble réducteur.
Allons savoir comment se décide la volonté ? L’argument pour réfuter l’impératif du "conatus" de Spinoza est la volonté du suicidaire. Le suicidaire veut mourir, ceci bien que mourir ne soir pas favorable à son "conatus".
Cet exemple montre que la proposition IV de l’éthique de Spinoza « Chaque chose, autant qu’il est en elle, s’efforce de persévérer dans son être. » est fausse.
Bref, chaque homme a une volonté, qui se décide en lui-même pour certaines raisons (connues de lui uniquement, à travers sa manière propre d’intellégir). Si cette volonté est contrariée, alors, l’homme est triste. Si cette volonté est réussie, alors l’homme est content.
Bref : Joie -> plaisir lié à la réussite de la volonté. Tristesse -> déplaisir lié à l’échec de la volonté.
Schématiquement : Perceptions -> intelligence des perceptions -> volonté -> stratégie de réalisation de la volonté.
La volonté est une projection idéelle des perceptions moyennant l’intelligence (versant moral de l’intelligence). L’agir est une projection actuelle (en acte) de la volonté moyennant l’intelligence (versant stratégique de l’intelligence).
L’intelligence a deux versants. Celui qui décide de la volonté s’éduque, non pas de manière calculatoire, mais moral (il s’agit du sens que l’on donne à ce que l’on perçoit).
Le calcul de la fin (volonté) et le calcul du moyen (stratégie) s’éduquent différemment. Hélas, aujourd’hui, le calcul de la fin est livré aux seuls instincts égoïstes, du fait de l’absence de spiritualité.
Mais si vous voulez êtres heureux, soyez raisonnables, sachez avoir des désirs sensés.