Gaspard, les hypothèses scientifiques visent à montrer que dans certaines conditions, un phénomène est reproductible selon ces conditions, et de là, en tirer une théorie qui tente à comprendre les modes de fonctionnement de l’univers manifesté.
La compréhension (ou tentatives de compréhension) des modes de fonctionnement du monde manifesté n’est pas métaphasique, mais repose sur le monde physique. Pour prendre une image, supposons que le monde manifesté ne soit qu’une projection virtuelle (mentale) et que l’on puisse dès lors en dire qu’il "n’existe pas", cela ne change rien au fait que les phénomènes conscient qui y coexistent y font des expériences sensorielles qui répondent, elles, à des principes. Les sciences ne vise qu’à chercher à comprendre ces principes.
Ce sujet me fait immédiatement penser à la théorie des jeux. Cette théorie mathématique développe une approche sociologique très intéressante. A la base, on part du principe du dilemme du prisonnier. Robert Axelrod a organisé pour cette expérience une série de tournois où chaque joueur développe une stratégie particulière, afin d’évaluer, lors de chaque tournois, les stratégies les plus efficaces. A l’issue de chaque tournois, les participants disposaient d’informations sur les stratégies adverses et leur efficacité, et pouvait ainsi adapter leur propre stratégie pour améliorer son efficacité. L’efficacité d’une stratégie dépend donc des stratégies adverses, il n’y a donc pas de stratégie absolue. Comme dans la nature, il s’agit de s’adapter.
Contrairement aux échec, il ne s’agit pas d’un jeu à somme nulle, mais d’un jeu où deux participants peuvent parallèlement augmenter leur gain. Dans un tel jeu, une stratégie agressive sera gagnante face à une stratégie coopérative, mais vulnérable face une stratégie donnant-donnant (qui répond à l’agression par une agression proportionnée). Dans ce cas, la stratégie agressive obtient moins qu’une stratégie coopérative.
Dans la première partie du tournois, le dilemme du prisonnier itératif a pour but de déterminer quelles sont les stratégies les plus efficaces dans un monde où chacun cherche à optimiser son intérêt personnel. Dans la deuxième partie, on regroupe les stratégies entre elles selon leurs affinités afin de faire ressortir celles qui s’adaptent le mieux et se développent ou se stabilisent.
Plus de 60 stratégies ont été développées (toujours agressif, aléatoire, donnant-donnant, "Friedman", "downing", etc.). Plusieurs degrés de complexité caractérise ces différentes stratégies : certaines sont très simples (voir simplistes), d’autres, plus complexes, implémentent le résultat des stratégies adverses pour adapter la leur au fur et à mesure.
C’est pourtant la stratégie la plus simple qui a gagné, celle que l’on retrouve dans la Loi du Talion : DONNANT-DONNANT. Cette stratégie consiste à commencer par coopérer, puis à reproduire le comportement adverse au tour suivant : s’il coopère, on coopère, s’il agresse, on agresse. La coopération avec donnant-donnant est donc récompensée par la coopération, tandis que l’agression est aussitôt punie par l’agression en retour.
L’origine des bons résultats de donnant-donnant vient de quatre caractéristiques : la bienveillance (je commence par coopérer), la susceptibilité (tu m’agresses, je t’agresse), l’indulgence (après un retour de bâton, si l’agresseur change sa stratégie, il obtient une coopération en retour, ce qui incite à coopérer) et la transparence (la stratégie donnant-donnant est aisée à discerner et donc à anticiper).
Oui, on peut parler de démocratie, si, comme je l’indique dans mon commentaire précédent, on fait la distinction entre la SOCIÉTÉ athénienne et le REGIME politique athénien.
En faisant cette distinction, nous pouvons à la fois analyser les ressorts culturels de la société athénienne (et ce faisant, essayer de voir quelle différence il peut y avoir entre des "esclaves" à la mode antique et les esclaves ’par la dette’ modernes - ces derniers peuvent participier à la mascarade électorale), et également analyser les ressorts du système politique athénien et voir qu’il était effectivement démocratique et égalitaire, même si cette égalité ne concernait que les citoyens, c’est-à-dire environ 15 à 20% de la population athénienne.
Lorsque l’on compare les deux systèmes, on peut voir que, bien que nous avons le droit de vote (le privilège considérable qui consiste à désigner nos maîtres tous les cinq ou six ans), nous n’avons AUCUN pouvoir ni contre pouvoir : les élus (maîtres politiques) ont TOUS les pouvoirs : ils écrivent les lois, votent les lois, modifient la constitution, dirigent la justice, la police, ils squattent les médias et... sont soumis aux banques et aux grandes multinationales (les vrais maîtres derrière la scène politique).
On peut aussi voir quelles étaient les procédures athénienne pour EMPÊCHER une telle prise de pouvoir, et trouver là des idées fortes pour renverser le régime oligarchique où nous sommes.
Mais peut-être préférez-vous continuer à vivre sous ce régime ?
A mon avis, une bonne manière de présenter le régime politique athénien est de bien distinguer
1) la SOCIÉTÉ athénienne, qui n’était PAS démocratique (puisque ni les femmes, ni les esclaves, ni les étrangers n’avaient de droit politiques - enfin, ils en avaient, mais de façon très limitée, contrairement aux citoyens, mais pour couper court, on peut dire "ils n’en avaient pas").
2) les INSTITUTIONS POLITIQUES athéniennes, qui ÉTAIENT bel et bien démocratiques.
En faisant cette distinction, on peut accepter les critiques qui portent sur les structures sociales, tout en rappelant que le contexte culturel ne peut pas être comparé au nôtre, sans être intellectuellement malhonnête ; il faut replacer les choses dans leur contexte. D’autre part, on peut développer une critique constructive par comparaison des institutions politiques athéniennes et voir les nombreuses procédures et les processus d’une VRAIE démocratie adoptées par les athéniens et qui ont fonctionné pendant deux siècles.
En faisant cette distinction - qui est rigoureusement honnête intellectuellement - vous couperez court à la technique qui vise à faire valoir de prétendus arguments portant sur le choc culturel (donc émotionnel) par comparaison avec le monde "moderne" pour disqualifier un système politique très bien rodé et efficace.
Il s’agit de faire comprendre que si ce système n’était effectivement pas accessible aux femmes, esclaves et étrangers, il n’en demeurait pas moins un système formidablement égalitaire, comme JAMAIS on n’en a vu dans l’histoire connue des hommes jusqu’à nos jours. Et donc, en adaptant ces procédures démocratiques à un système intégrant nos valeurs.
Après, il y a aussi des arguments solides à développer pour casser ces arguties : 1) l’esclavage est tout aussi prégnant dans nos sociétés, même s’il a des procédures différentes (esclavage par la dette) ; 2) dans les pays occidentaux (riches), chaque citoyens (même minimexé) dispose, en équivalent énergétique (confort de vie moderne) entre 200 et 500 esclaves (en termes d’équivalence énergie travail) ; 3) que les étrangers n’ont pas NON PLUS de statut de citoyen (ils n’ont même pas le droit de voter pour leur maîtres, c’est affreux !). Il est donc hypocrite d’avancer ces arguties pour disqualifier le système politique athénien. On voit bien que la manœuvre vise à empêcher une vrai analyse de ce système.