@Zatara "Mais pondre un pavé pour réduire une critique à quelque chose d’hystérique ou de l’ordre du sentimentalisme pour mieux évacuer le fond..."
Ce n’est pas ce que j’ai compris de ce que dit MaQiavel. D’ailleurs il ne s’exclut pas de cette tendance qu’il décrit comme une conséquence de la radicalisation des positions ; et sa réaction beaucoup plus passionnée que rationnelle à propos de l’idée d’un réglementation des prénoms montre que ça le concerne aussi.
Ce qui m’intéresse sur les forums, c’est de voir ce qui porte les gens à ne plus se comprendre. Ce fil est très intéressant à ce sujet. Si les interlocuteurs arrivaient au moins à se mettre d’accord sur ce qui les empêche de communiquer, ça serait un début de communication. Car, avoir des ennemis n’est pas un problème (c’est la vie, après tout ! ) mais il faut au moins comprendre sur quoi se fonde l’adversité. Ce qui est certain, c’est que deux réflexes très courants sont à proscrire si on veut avoir une chance d’arriver à autre chose qu’un dialogue de fous :
1. Accuser l’autre d’être de mauvaise foi à tout bout de champ : en réalité, quasiment tout le monde est de bonne foi sur un forum, au moins sur le fond. Même les crétins ou les salauds. (Réfléchissez profondément à ce que signifie réellement la mauvaise foi et vous vous rangerez à cette évidence).
2. Supposer que l’autre ne dit pas ce qu’il pense tout en supposant qu’on est capable de deviner ce qu’il pense réellement. C’est typique de ce qui construit un dialogue de fous théâtral. Soyons sérieux : nous n’avons qu’une possibilité raisonnable sur un forum, qui est de toujours admettre que les gens pensent ce qu’ils écrivent ! Pour la simple raison que nous n’avons que des messages écrits à échanger. Si on ne fait pas confiance aux messages écrits, on ne vient pas sur un espace où par définition on ne peut échanger que des messages écrits.
Je l’entends bien, mais ce qui fonde votre avis m’intéresse plus que son intensité (l’intensité m’informe seulement sur votre caractère volontaire, mais elle ne constitue pas un argument utilisable dans un débat parlementaire). Par exemple, dans ce cas, pourquoi admettez-vous sans broncher de ne pouvoir choisir la couleur de votre maison ou de l’enseigne de votre boutique que parmi une liste prédéterminée de couleurs et de formes autorisées ?
@maQiavel J’ai l’impression que ce qui vous est souvent reproché dans ces débats, est de ne pas voir le glissement qui peut s’opérer entre une pratique culturelle relevant de la liberté de conscience et un comportement social.
La manière de se présenter publiquement, par le simple fait qu’elle est publique, qu’elle a une incidence sur autrui et qu’elle participe de la forme qu’une communauté politique veut donner à la Cité, ne peut pas bénéficier d’un statut purement culturel. Je vous donne un exemple très simple à comprendre : il est admis en France que vous ne pouvez pas transformer la façade de votre maison selon votre goût uniquement, vous devez tenir compte du style local, choisir vos couleurs parmi une liste décidée en conseil municipal, etc. Personne ne s’offusque énormément de cela sur le principe. On pourrait pourtant dire que c’est un obstacle à une expression culturelle. Mais nous concevons très bien que la liberté de choisir nos formes et nos couleurs ne peut être totale que dans notre espace privé, donc sur les murs intérieurs de la maison que seuls notre famille et nos invités peuvent voir et non sur la façade où nos choix s’imposeraient de fait à nos voisins et modifieraient même rapidement le visage de la ville.
Cela étant, je ne suis pas en train de dire qu’une expression culturelle, ou plus particulièrement une religion, ne doit avoir absolument aucune visibilité extérieure. Je dis seulement qu’on ne peut pas mettre ça au même niveau d’inviolabilité que la liberté de lire un livre, d’écouter une musique, de méditer ou de prier chez soi, ou de se promener tout nu dans son salon à l’abri des regards des voisins. Bref, ça doit se négocier et les pouvoir publics doivent vérifier que cela profite (ou à tout le moins ne nuit pas) à l’intérêt général.
Une nation impose toujours certaines limites aux expressions culturelles quand elles sont publiques. Et cela ne porte pas nécessairement atteinte aux libertés fondamentales privées. Une nation peut décider de son apparence, de son style, de sa forme extérieure. Pourquoi diable ne le pourrait-elle pas ? C’est aussi pour cela que je vous disais sur un autre fil de discussion que la question des prénoms des enfants ne concerne pas que le domaine culturel privé : le prénom est sur les deux terrains, il est intime mais il est aussi public et officiel. Donc sans avoir un avis tranché sur la question, j’admets qu’on puisse envisager de fixer nationalement des limites stylistiques au choix du prénom des petits Français.
Ensuite, vient la question de la mise en oeuvre. Il est clair qu’une simple décision municipale n’est pas suffisante pour empêcher, par exemple, le port d’un costume "étrange" sur une plage. La méthode est incorrecte juridiquement, donc inefficace. Il n’en demeure pas moins qu’une nation désirant conserver une certaine image de ses plages serait en mesure de produire une réglementation très efficace et non totalitaire (pas seulement à un niveau municipal, évidemment). Elle existe déjà pour définir des plages naturistes et des plages "textiles", par exemple. Bien entendu, interdire "certaines" tenues de plage est un peu plus compliqué, mais ce n’est pas impensable. Ce n’est peut-être pas ce que souhaitent les Français dans leur majorité. Ou peut-être que si. Concrètement cela fonctionnerait aussi bien que pour la réglementation des façades de maison.