Personne n’a rien à prouver à personne. Depuis quand faut-il se justifier de ses opinions devant autrui ? Seriez-vous juge des pensées d’autrui ?
La seul instance envers laquelle nous devons nous justifier, c’est le Tout auquel l’on participe, et c’est en vertu des avantages qu’il nous procure que l’on consent à faire quelques efforts pour s’y accorder. Ce Tout regroupe les générations actuelles, mais aussi les générations antérieures et encore les générations postérieures.
Si la génération actuelle ne maintient pas de liens avec les générations antérieures, pourquoi les générations postérieures maintiendraient-elles des liens avec la génération actuelle ?
Pas le choix : si nous voulons faire partie du Tout, nous avons à respecter les axiomes de nos aïeux.
Regardez-donc notre patrimoine. En quoi aurions-nous à justifier les merveilles de notre patrimoine religieux ? Elles parlent d’elles-mêmes.
Maintenant regardez-donc le patrimoine légué par les athées et comparez.
On reconnaît l’arbre à ses fruits. C’est ça le critère. Et pour moi, il n’y a pas photo.
On peut voir aussi en science un problème de la multiplication des dogmes tout azimut. La prétention à l’a-dogmatisme, comme dans le protestantisme, a aboutit au contraire à la multiplication des dogmes !
Par exemple, pour les algèbres qui veulent représenter la géométrie, l’on a (non exhaustif) : - la géométrie des coordonnées. - l’analyse complexe. - l’analyse vectorielle. - l’analyse tensorielle. - les algèbres de Lie. - les algèbres de Clifford. - le calcul spinoriel. - l’algèbre de Grassman. - les formes différentielles. - les twisteurs. ...etc
Certes, mais pour cela il faudrait avoir l’assurance que tous les faits qui s’offrent à notre vue puissent être analysés sans ambiguïté par la raison, ceci afin d’être certain de pouvoir toujours trancher par le moyen rationnel (science -> latin sciere : trancher).
Cependant, nous avons l’assurance que c’est en vérité l’inverse qui est vrai. Tout système de déduction rationnel repose sur des axiomes, principes hypothétiques indémontrables et non démontrés. On peut certes poser de nouveaux axiomes pour en déduire les anciens et ainsi remonter vers les raisons premières (c’est faire de la métaphysique). Mais ce processus est infini, et la raison ne sait pas gérer l’infini (sauf cas de récurrence exceptionnel) : la remontée vers les raisons premières s’arrête toujours au bout d’un certain temps.
Ainsi, la racine de tout type de raisonnement est condamnée à être un jeu d’hypothèses "raisonnables", autrement dit un jeu d’opinions, c’est-à-dire en grec : "dogma"...
Tout raisonnement s’appuie sur des axiomes = toute raison s’enracine dans des opinions = toute science repose sur des dogmes : ratio et fides.
La science consiste donc : - soit à trancher par la raison, ce qui est possible tant qu’il n’y a pas de contradiction avec les axiomes de base (pensée déductive et analytique). - soit à trancher par opinion, quand il s’agit de réformer les axiomes de base (pensée inductive et synthétique).
Notez qu’une opinion peut très bien être vraie : le critère pour déterminer ce qu’est une opinion est que cette pensée ne vient pas d’un raisonnement. De plus un raisonnement peut être faux si les axiomes sur lequel il s’enracine sont faux. Il faut donc oublier ce sophisme "raison = vrai" & "opinion = faux". Il faut dire "raison = vrai, si les axiomes sont vrais".
Le deuxième processus participe de la métaphysique, et cela correspond à tous le travail effectué pendant la période scolastique.
N’instruire qu’à une habileté de trancher par la raison, c’est produire des esprits uniquement déductifs et procéduraux, donc dogmatiques, incapables de faire face à une éventuelle contradiction des opinions établies. Il faut aussi instruire à une habileté de trancher par opinion, c’est-à-dire former des esprits capables de produire des synthèses.
Maintenant, c’est vrai qu’il faut des axiomes communs, pour pouvoir se comprendre en société. Mais il faut aussi prendre soin à ne pas exclure les générations du passé ou à venir, car notre Tout social n’est pas sans passé, ni sans avenir.
En cela, une société est condamnée à faire évoluer ses axiomes en garantissant une certaine continuité entre les générations. Une révolution totale des opinions et axiomes de base serait une destruction pure et simple de la société.
Cela dit, un dogme n’est pas nécessairement mauvais. (dogma = opinion en grec) Par exemple, que chaque chercheur utilisent le même langage algébrique leur permet de communiquer leur recherches (ce serait vrai pour tout langage en général, le langage naturel comme le langage musical ou l’écriture).
A partir du moment, on l’on souhaite qu’une multiplicité d’individus opérant de manière anarchique puisse faire société pour oeuvrer de manière coordonnée, alors l’autorité est nécessaire et le dogme est donc inévitable. Il y a généralement des gains à oeuvrer de manière coordonnée, donc le dogme est souvent profitable. Ce n’est que lorsque le dogme est faux, ou trop restrictif, et qu’il faut en changer qu’il devient une gêne.
Tout ce discours "anti-dogmatique" vient en première ligne du protestantisme, qui ne voulait plus admettre l’autorité de l’église de Rome et interpréter la Bible à sa guise. La rhétorique employée fut celle du refus du dogmatisme.
Cependant, le protestantisme a lui-aussi généré tout un tas de petites églises qui ont chacune inventé leur propres dogmes (Luthérianisme, Calvinisme,...etc). Au lieu d’avoir un seul dogme, loin de ne plus en avoir, on en a eu plein : ce fut la multiplication des dogmes. La communication est alors devenue difficile (symptôme Babel), et l’anarchie a prospéré.
Le dogme n’est jamais qu’une discipline intellectuelle que l’on admet pour participer d’un Tout. La question est donc de quel tout nous participons. Si nous y incluons nos aïeux et nos futures génération, le religieux y a donc toute sa place, au moins à titre de lien par-dessus les générations.
Bref, le discours ici tenu par l’auteur est d’une grande pauvreté : il ne dépasse pas le slogan. Le dogme religieux a tenu toute sa place en France, y compris dans le domaine scientifique, car notre modèle physique est très largement issu du la philosophie d’Aristote revue et corrigée à la lecture de la révélation biblique, ceci lors de la période scolastique, à la Sorbonne, vers le 13ème siècle.
Quelques exemples : Vers l’an mil, le pape Sylvestre II a importé les chiffres en Europe. Vers mil quatre cent, Nicolas Oresme, evêque de Lisieu, a inventé les représentations graphiques de fonction (voir ici). Les ouvrages de Leibniz, Kepler, Maupertuis, sont émaillées de références à Dieu.