------> Peu importe, le
fait est qu’elle a déterminée la
construction du pont …
Avec ce genre de raisonnement, il devrait y avoir partout des ponts sur les rivières. Or tel n’est pas le cas.
Comment se fait-il qu’il y a sur telle rivière un pont alors que sur d’autres il n’y en a pas ? De plus, sur les rivières qui ont des ponts, pourquoi sont-ils situés ici plutôt que là ?
C’est d’ailleurs toujours quelques hommes qui ont déterminé de construire le pont là où il est. Chaque pont a son histoire singulière. La rivière elle-même n’a rien à y voir. Je ne vois pas comment une rivière peut décider de construire un pont, ni comment elle peut s’y prendre pour y parvenir.
Et les raisons de
traverser la rivière ne tombent pas du ciel non plus, elles sont liées aux
conditions matérielles d’existence de ceux qui souhaitent la traverser. Par
exemple ramener une grande quantité de bois qui se trouve de l’autre coté de la rivière de la
façon la plus efficace possible.
Aller prier à un sanctuaire de l’autre coté de la rivière n’est pas lié aux conditions matérielles d’existence, mais peut être un motif parfaitement valable pour construire un pont.
Les raisons ne manquent pas de vouloir traverser une rivière. C’est que ces raisons sont personnelles, ou politiques, donc indéterminables à priori : C’est de la pure contingence, donc le modèle déterministe (sens B) ne peut pas s’appliquer. C’est là la grande erreur du matérialisme (donc la tienne) : vouloir voir un déterminisme là où il n’y en a nullement, d’où un irréalisme indécrottable dès qu’il s’agit de politique.
Si la grande découverte du matérialisme se résume à "les hommes construisent des ponts sur les rivières", c’est vraiment à mourir de rire.
En fait tu ne distingues pas bien les méandres de l’intelligence humaine. Un homme commence toujours par se déterminer une finalité. Comment se la détermine-t-il ? On ne peut le savoir en général.
Certains aiment briller devant les femmes ; D’autres sont travaillés par la faim. D’autres cherchent une connaissance intellectuelle ; D’autres cherchent à jouir ; D’autres cherchent une reconnaissance sociale...etc. Peut-être serait-ce parmi les contingences de l’histoire singulière de tel homme que l’on pourrait trouver des réponses sur les raisons de ses actes, au prix d’une biographie de quelques milliers de pages ? Mais encore ce n’est pas sûr. Il faudrait connaître la vie de son père, de sa mère, de ses parents, de ses fils, de ses voisins, de ses rencontres et considérer les relations qu’il a développé avec chacun d’eux... Bref, il faudrait avoir vécu sa propre vie avec à chaque instant le même état d’esprit : C’est chose impossible, donc ce n’est pas déterministe.
Une fois que l’homme a déterminé sa finalité, il va alors mettre en place une stratégie pour la réaliser. C’est bien évident que la stratégie employée doit tenir compte des contraintes du réel pour réaliser la volonté.
Il y a donc deux intelligences en l’homme : la première pour déterminer sa volonté, dont la sagesse est une vertu morale, la seconde pour réaliser la volonté ; dont la sagesse est une vertu pratique.
La première intelligence, raison pour laquelle l’homme veut aller à tel endroit de l’autre coté de la rivière n’est pas déterministe, mais obéit à des contingences. Pour certaines raisons personnelles, il veut y faire ceci.
La seconde intelligence, la stratégie que met en place l’homme pour traverser la rivière, par construction d’un pont ou d’un bateau, par traversée à la nage ou détour vers un pont préexistant, se plie aux nécessités matérielles, puisqu’il s’agit pour lui de réaliser sa volonté de manière efficace [construire un pont c’est souvent un peu trop long pour être efficace...]. Pour certaines raisons matérielles, il lui faut faire ainsi.
Le matérialisme sait répondre au comment, mais jamais au pour quoi.
C’est ce pour quoi les gens agissent qui implique le comment ils le font, compte tenu des réalités.
Ce n’est pas la rivière qui la cause de l’envie de la traverser... Traverser la rivière est le moyen d’une finalité qui échappe à la rivière. Cette finalité appartient à celui qui veut la traverser.
C’est à l’évidence à l’inverse du bon sens... Par exemple, le système féodal est le fruit d’une idée [cf Adalbéron de Laon].
Pour bien faire, il faudrait donc inverser les termes : l’infrastructure doit être définie comme tout ce qui concerne les lois, la religion, les institutions, la philosophie et la morale,..etc, c’est-à-dire les productions non matérielles. La superstructure doit être définie comme tout ce qui concerne la production matérielle.
La superstructure découle des infrastructures, c’est-à-dire que chaque culture intellectuelle engendre certains type de production matérielle : c’est ce qui se constate partout : le patrimoine, la musique, l’art, la gastronomie,..etc ; sont propres à chaque culture.
Le Marxisme est sur ce point complètement à l’envers des réalités politiques.
C’est si flagrant que les grands promoteurs des infrastructures en France (au sens matériel s’entend) sont issus des rangs Saint-Simonien (les Lesseps,..etc), poursuivant donc l’idéologie du Saint-Simonisme...
Quand on veut réaliser un projet, c’est bien qu’on a une idée en amont, non ?
MaQ ne parvient toujours pas à comprendre que les hommes agissent à cause de leurs idées, et que donc les idées ont une réalité en politique, puisqu’elles expliquent les actions des hommes.
Par exemple, Gavrilo Princip doit d’abord avoir l’idée d’assassiner l’Archiduc d’Autriche pour mettre en place une stratégie pour réaliser cette idée. Comme il y parvient, cela provoque la première guerre mondiale. Voilà comment un fait politique considérable peut venir d’une simple idée.
Suffit de regarder toutes les grandes civilisations : Islam, Chrétienté (catholicisme/protestantisme), Chine (confucianisme), Japon (shintoïsme), Inde (hindouisme),...etc : la politique est une manière de se lier ensemble, donc toute religion, qui relie, est politique. Je ne vois même pas comment il est seulement possible d’ignorer ce rôle des idées en politique.