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Si tu as lu les auteurs classiques (Platon, Aristote et Saint-Thomas d’Aquin) au préalable, alors ça va. Mais se contenter des modernes, c’est un peu court (et partiel).
Je pense que tu fais des distinctions qui n’ont pas lieu d’être.
Il est bon de faire des analyses, en cataloguant par différences.
Mais il est aussi bon de faire une synthèse, en unifiant par analogies .
Il faut que tu reviennes au sens premier de université.
Une université est une assemblée de gens unis vers un même but.
Une université de métier, c’est une assemblée de gens unis vers la pratique d’un métier.
Un parti, c’est une assemblée de gens unis vers une prise de pouvoir politique.
Une entreprise, c’est une assemblée de gens unis vers la production/vente d’un Bien.
Le parlement, c’est l’assemblée de gens unis vers la production des lois.
La police, c’est l’assemblée de gens unis vers la surveillance du respect des lois.
La justice, c’est l’assemblée des gens unis vers la pénalisation du non-respect des lois.
L’armée, c’est l’assemblée des gens unis vers la défense du territoire.
La famille, c’est l’assemblée des gens unis vers la mort.
Une religion, c’est une assemblée de gens unis vers une foi.
...etc
Toute assemblée de gens unis vers un but forme un univers particulier, avec son jargon langagier (jargon technique), ses us et coutumes propres, un intérêt convergent pour que ce but soit toujours considéré conforme au bien commun (corporatisme),...etc.
Un univers social produit ainsi des normes, des moeurs, du langage.
Cet univers forme ainsi une partie de la cité, c’est-à-dire littéralement un parti politique, car il produit aussi une intelligence (au sens social) entre ses membres, c’est-à-dire des complicités quant à parvenir au but de cet univers.
Le trouble politique vient quand ces univers sociaux qui devraient n’être que des organes du corps de la nation (qui devrait être l’univers de tous les univers), ou bien font sécession du Bien Commun, ou bien s’opposent entre eux.
En effet, à ce moment-là, l’universel de la nation se désagrège, et la discorde s’installe entre les petits univers, qui forment alors tout autant de sectes et de partis qui veulent chacun faire prédominer leurs intérêts particuliers sur l’intérêt général.
Toute la difficulté politique consiste à faire cohabiter justement cette multitude d’univers que nécessite la vie sociale, tout en les fédérant autour d’un universel plus élevé, qui les récapitule. L’échec dans cette entreprise est le phénomène "tour de Babel".
Bref, vu cette réflexion, ta distinction "parti politique", entendue au sens moderne, est très réductrice. Ce qu’il faut voir c’est que toute université produit un sous-univers de la nation et c’est justement là qu’est le risque de sédition du Bien Commun. Si tu avais lu "le Politique" de Platon, tu l’aurais compris, car, après avoir reconnu la nécessité de la spécialisation des citoyens dans des métiers pour subvenir efficacement aux besoins de la cité, une grande partie de l’ouvrage est consacrée à l’éducation du guerrier, chargé de défendre cette cité : il ne doit pas en effet se retourner contre elle et l’asservir par sa force.
Il est indéniable que des grandes institutions (éducation nationale, justice, santé...), des grandes entreprises (EDF, pétroliers, SNCF, Banques,...), des fédérations de petites entreprises (commerçants, paysans, artisans, médecins, pharmaciens), ont toujours joué un rôle politique.
Donc ton interprétation de Rousseau est erronée : quand il parle de sectes et de partis, il évoque, parmi les universités, celles qui ont fait sécession du Bien Commun, celles qui font bande à part.
Par exemple, aujourd’hui, la grande finance est objectivement un parti (qui d’ailleurs finance les partis politiques)...
Le parti politique "version 2.0" est fondé autour de l’idéologie, mais c’est le fruit de l’idéalisme. Dans l’époque classique, dont la philosophie est réaliste, ce genre de chose est marginal car les gens se battaient pour des intérêts réels et non idéels.
J’en déduis que non seulement Rousseau est irréaliste quand il propose l’abolition des sociétés partielles dans l’état, ceci d’autant plus que les services de l’état sont eux-mêmes voués à devenir des sociétés partielles, mais qu’en plus il se contredit lui-même ultérieurement...
La moindre des choses eu été d’expliquer pourquoi la spécialisation est inévitable, comment celle-ci crée des univers particuliers, puis comment ces univers peuvent-ils faire sécession du Bien Commun. Rousseau est un auteur médiocre. Se baser sur lui pour comprendre le politique est insuffisant : le lire n’en donne pas les concepts fondamentaux. Il ne fait que critiquer une pratique politique, sans même en présenter les fondements. Pour savoir ce qu’il veut dire, il faut donc se référer à d’autres ouvrages que les siens, là où son contenus les principes qu’il critique. Hélas, il ne donne pas de références.
Pour cela, l’oeuvre de Rousseau ne fut pas intemporelle, elle fut périssable, car devenue incompréhensible sitôt que l’objet de sa critique eut disparu.
Qui lit encore Rousseau aujourd’hui ?
Je ne vois rien à redire à ce que vous avez écrit. J’y vois même confirmation de ce que j’écrivais à machiavel1983, juste un peu plus haut :
La volonté générale (démocratique) n’est pas le fruit d’une intelligence humaine (au sens de la faculté intellectuelle), mais d’une intelligence sociale (au sens d’une entente entre personnes).
Pour incarner la volonté générale, il s’agit donc de mettre le plus de gens possibles dans la combine, en tentant de les y engager socialement.
Et c’est très exactement cela le système : nous sommes harcelés sans arrêt par des partis qui voudraient nous concerner à telle ou telle chose, ceci même si nous n’y comprenons rien.
D’ailleurs, ces partis ne cherchent surtout pas à nous former pour que nous y comprenions quelque chose... Non, ce qu’ils veulent, c’est que nous soyons impliqués, que nous soyons concernés.
Ce sont des montages d’intelligence sociale. Il faut trouver des complices.
Le but ne peut être d’emmener chacun au même endroit en même temps, sous peine d’embouteillage.
Une société fonctionnelle produit une variété d’objets.
Elle produit des idées pour s’orienter, des choses pour subsister, des gens pour se régénérer.
Par conséquent si une société repose sur un magistère qui assure sa cohésion, elle n’en nécessite pas moins autant de ministères pour chacun de ses produits.
Le Bien Commun ne peut pas être considéré comme un entonnoir géant ou chacun serait versé. Il y aurait bientôt débordement. De toute façon, une société a besoin d’une grande variété de production.
Le Bien Commun d’une société consiste précisément en sa capacité de se déployer pour couvrir tous les besoins de sa population, ce qui implique autant de buts partiels et particuliers, mais tout en assurant une cohésion de l’ensemble. La cohésion sans la variété des produits n’est pas viable. La variété des produits sans cohésion non plus.
La perfection de la ligne est le plan.
Certaines lignes tendent vers le plan, il s’agit des fractales.
Je peux modéliser le Bien Commun par une ligne, selon l’idée qu’il s’agit d’une direction commune à tous. Une société, pensée pour perfectionner la vie de chacun, devra être pensée comme un plan, et, par conséquent, pour garder sa cohérence tout en garantissant la variété des produits de même qu’assurer une place à chacun, tous les Buts particuliers devront être reliés en un seul Bien Commun, non pas en faisant que chacun ait le même but, tous en rang d’oignon, à la spartiate, mais en articulant par certaines règles les Buts particuliers au Bien Commun, ceci à l’image d’une construction fractale laquelle déploie une ligne pour couvrir un plan.
Il n’y a qu’ainsi que peut naître une société florissante dans la durée.
La vie nous montre bel et bien, à tous les niveaux, la puissance de cette construction.
Le corps humain, chose cohérente, est composée d’organes qui assurent chacun toutes ses fonctions vitales. Mais chaque organe est encore composé de cellules, qui participe de l’organe. De même, chaque cellule est composée d’un noyau et d’un cytoplasme, qui contiennent à leur tours de mini-organes, les organites cellulaires (mitochondries,...etc).
Si l’on veut penser une société cohérente, il faut la penser d’une manière similaire, par le déploiement de tous les buts particuliers pour participer au même Bien Commun, le "corps intermédiaire" étant alors considéré tel un organe dévolu à une fonction pour le tout du corps social. Chaque "corps intermédiaire" peut lui-même être subdivisé en sous-organes, qui participeront à réaliser sa fonction et ainsi de suite chaque sous-organe en sous-sous-organes,...etc.
Tout cela vient de la manière de penser l’articulation de la pluralité avec l’unité.
Certains ne peuvent envisager ce rapport que par l’uniformisation, mais ce genre de société ne serait pas viable (ni vivable).
Il me semble qu’il s’agit d’une vision très idyllique des USA.
Cela dit, je n’y suis jamais allé moi-même.
Pour ta conception de la République, tu me fais part de ta foi Rousseauiste, mais, comme je viens de le démontrer à Machiavel, le modèle spartiate de Rousseau est totalement irréaliste.
Il y aura toujours des ententes entre les gens qui se feront en-dehors de l’état.
Que tu souhaites que la République nie ce fait, c’est une chose, il n’empêche que ces faits existent.
D’ailleurs je me demande si cette négation des faits n’est pas en vérité hypocrisie et qu’elle sert plutôt à couvrir certaines vérités gênantes.
Je ne prendrais qu’un exemple : les membres de l’église Franc-maçonne compte pour 0,3% du corps électoral, pourtant l’assemblée compte pour 60% de députés Franc-maçons... C’est à dire que le poids de l’église Franc-maçonne à l’assemblée est 200 fois plus grand que son poids dans le corps électoral.
Si cela n’est pas une forme d’intelligence sociale, l’asservissement de tout un régime politique par un corps intermédiaire, un état dans l’état, je ne sais pas ce que c’est...
Donc en effet, c’est bien commode de dire : non,non, ils n’y a pas de corps politiques dans l’état, il n’y a pas de lobbies, seulement des petits citoyens individuels avec leur unique bulletin de vote, cependant qu’un corps politique, fondé sur un serment secret, noyaute l’état totalement...
Je souhaite pour ma part que le régime se fonde sur des conceptions réalistes plutôt que sur des utopies, ceci de manière à ce que les faits du monde réel soient pris en compte. En particulier, je suis contre le secret des appartenances pour ceux qui briguent des mandats politiques.
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