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Le but ne peut être d’emmener chacun au même endroit en même temps, sous peine d’embouteillage.
Une société fonctionnelle produit une variété d’objets.
Elle produit des idées pour s’orienter, des choses pour subsister, des gens pour se régénérer.
Par conséquent si une société repose sur un magistère qui assure sa cohésion, elle n’en nécessite pas moins autant de ministères pour chacun de ses produits.
Le Bien Commun ne peut pas être considéré comme un entonnoir géant ou chacun serait versé. Il y aurait bientôt débordement. De toute façon, une société a besoin d’une grande variété de production.
Le Bien Commun d’une société consiste précisément en sa capacité de se déployer pour couvrir tous les besoins de sa population, ce qui implique autant de buts partiels et particuliers, mais tout en assurant une cohésion de l’ensemble. La cohésion sans la variété des produits n’est pas viable. La variété des produits sans cohésion non plus.
La perfection de la ligne est le plan.
Certaines lignes tendent vers le plan, il s’agit des fractales.
Je peux modéliser le Bien Commun par une ligne, selon l’idée qu’il s’agit d’une direction commune à tous. Une société, pensée pour perfectionner la vie de chacun, devra être pensée comme un plan, et, par conséquent, pour garder sa cohérence tout en garantissant la variété des produits de même qu’assurer une place à chacun, tous les Buts particuliers devront être reliés en un seul Bien Commun, non pas en faisant que chacun ait le même but, tous en rang d’oignon, à la spartiate, mais en articulant par certaines règles les Buts particuliers au Bien Commun, ceci à l’image d’une construction fractale laquelle déploie une ligne pour couvrir un plan.
Il n’y a qu’ainsi que peut naître une société florissante dans la durée.
La vie nous montre bel et bien, à tous les niveaux, la puissance de cette construction.
Le corps humain, chose cohérente, est composée d’organes qui assurent chacun toutes ses fonctions vitales. Mais chaque organe est encore composé de cellules, qui participe de l’organe. De même, chaque cellule est composée d’un noyau et d’un cytoplasme, qui contiennent à leur tours de mini-organes, les organites cellulaires (mitochondries,...etc).
Si l’on veut penser une société cohérente, il faut la penser d’une manière similaire, par le déploiement de tous les buts particuliers pour participer au même Bien Commun, le "corps intermédiaire" étant alors considéré tel un organe dévolu à une fonction pour le tout du corps social. Chaque "corps intermédiaire" peut lui-même être subdivisé en sous-organes, qui participeront à réaliser sa fonction et ainsi de suite chaque sous-organe en sous-sous-organes,...etc.
Tout cela vient de la manière de penser l’articulation de la pluralité avec l’unité.
Certains ne peuvent envisager ce rapport que par l’uniformisation, mais ce genre de société ne serait pas viable (ni vivable).
Il me semble qu’il s’agit d’une vision très idyllique des USA.
Cela dit, je n’y suis jamais allé moi-même.
Pour ta conception de la République, tu me fais part de ta foi Rousseauiste, mais, comme je viens de le démontrer à Machiavel, le modèle spartiate de Rousseau est totalement irréaliste.
Il y aura toujours des ententes entre les gens qui se feront en-dehors de l’état.
Que tu souhaites que la République nie ce fait, c’est une chose, il n’empêche que ces faits existent.
D’ailleurs je me demande si cette négation des faits n’est pas en vérité hypocrisie et qu’elle sert plutôt à couvrir certaines vérités gênantes.
Je ne prendrais qu’un exemple : les membres de l’église Franc-maçonne compte pour 0,3% du corps électoral, pourtant l’assemblée compte pour 60% de députés Franc-maçons... C’est à dire que le poids de l’église Franc-maçonne à l’assemblée est 200 fois plus grand que son poids dans le corps électoral.
Si cela n’est pas une forme d’intelligence sociale, l’asservissement de tout un régime politique par un corps intermédiaire, un état dans l’état, je ne sais pas ce que c’est...
Donc en effet, c’est bien commode de dire : non,non, ils n’y a pas de corps politiques dans l’état, il n’y a pas de lobbies, seulement des petits citoyens individuels avec leur unique bulletin de vote, cependant qu’un corps politique, fondé sur un serment secret, noyaute l’état totalement...
Je souhaite pour ma part que le régime se fonde sur des conceptions réalistes plutôt que sur des utopies, ceci de manière à ce que les faits du monde réel soient pris en compte. En particulier, je suis contre le secret des appartenances pour ceux qui briguent des mandats politiques.
Je te retourne ta critique de ne pas comprendre Rousseau.
Rousseau critiquait la société d’ancien régime. Pour comprendre Rousseau, il faut donc d’abord comprendre la société d’ancien régime et ses principes politiques. Or tu les méconnais. Donc tu ne peux comprendre Rousseau.
Bien-sûr que Rousseau, quand il parle d’associations intermédiaires entre le citoyen et l’état, parle des universités de métiers... De quoi parlerait-il donc. De partis ? Mais il n’y avait pas de partis politiques institués à l’époque...
Cela t’étonne ? Tu dis que les métiers n’étaient pas des corps politiques...
- Cependant, métier vient du latin ministerium, qui signifie ministère, et donc chaque métier avait un ministère politique sur une activité économique.
- L’économie est, du point de vue classique, une science morale et politique (Elle dépend en effet de l’académie des sciences morales et politiques).
- L’économie n’était pas séparée comme actuellement du politique (cela viendra avec le libéralisme où l’intérêt particulier participe par "magie" au Bien Commun, au lieu d’y participer par la loi)
- Mais surtout, à l’époque, l’état légiférait au niveau des corps intermédiaires : il laissait aux corps intermédiaires des pouvoirs de polices (principe de subsidiarité).
Bref, comment Rousseau aurait-il pu parler d’associations intermédiaires entre le citoyen et l’état sans même penser aux universités de métiers, alors que c’était le coeur même de l’organisation du pays, sa caractéristique essentielle ?
Ca n’a strictement rien à voir avec la dégénérescence de quoi que ce soit, c’est un principe qu’il pose au fondement. Il écrit :
Il importe donc
pour avoir bien l’énoncé de la volonté générale qu’il n’y ait pas de
société partielle dans l’Etat & que chaque Citoyen n’opine que
d’après lui.
Cela vise donc évidemment les universités de métiers... Il est manifeste qu’il réclame donc leur abolition, et c’est la raison pour laquelle les Rousseauistes, tel Robespierre, quand ils prirent le pouvoir, ne les rétablirent pas et même prolongèrent leur interdiction (Loi le Chapelier).
Or il est totalement illusoire d’abolir tous les corps intermédiaires dans un pays qui faisait déjà 30 millions d’habitants à l’époque, ne serait-ce par ce que les gens naissent dans une famille, le premier des corps intermédiaires.
De fait, ces corps intermédiaires ne furent pas abolis. Ils furent simplement transformés, car il faut bien une activité économique dans la nation... Les universités d’artisans, fonctionnant souvent en démocratie directe, qui se devaient d’avoir des oeuvres de charité pour leur voisinage du fait qu’elles participaient au Bien Commun de la Nation, furent simplement transformée en entreprises privées et capitalistes fonctionnant sur le modèle du serf soumis au tyran, avec pour but le profit et comme moyen la guerre concurrentielle ...
L’utopie Rousseauiste n’a donc pu se réaliser, car sa pensée n’est pas réaliste. Si l’on s’en réfère à l’étymologie d’intérêt, qui est le latin inter (entre) esse (être), l’intérêt vient d’une relation entre des êtres. Or, vouloir croire qu’il pourrait exister un état où les êtres n’ont pas de relations entre eux, mais seulement avec l’état, est complètement irrationnel. Donc Rousseau divague. Et la réalité a montré qu’il divaguait effectivement.
Les adorateurs de son modèle spartiate en ont eu pour leurs frais.
Tombé le cul par terre, c’est la faute à Voltaire.
Le nez dans le ruisseau, c’est la faute à Rousseau.
Il y a eu, il y a, il y aura toujours des intérêts partiels dans l’état.
Le tout est de les coordonner en vue du Bien Commun.
Il est clair que tu peines à percevoir ces nuances à cause de ce sophisme qui consiste à confondre une université d’homme avec une personne, c’est-à-dire un composé avec le simple.
Les propriété du diamant, qui est un composé du carbone, ne peuvent pas être confondue avec les propriété du carbone, qui est un élément simple. Les propriétés du composé sont du domaine de la cristallographie, tandis que les propriétés de l’élément simple sont du domaine de la chimie.
Dans une assemblée d’homme, si chaque homme est uni vers un but commun, c’est une université, c’est-à-dire une foule organisée.
Mais dans une assemblée d’homme, si chaque homme se porte à ses occupations diverses, c’est une foule désorganisée, c’est le souk, c’est une diversité.
Dans une université, les gens étant chacun orientés vers un but commun, cela les mets donc dans une relation telle qu’ils forment un corps uni. On peut donc certes y voir comme une sorte de volonté au sens où il y a bien un But.
Mais cette volonté n’est pas de type personnel, car la volonté personnelle résulte de l’intelligence (au sens de la faculté personnelle) d’une situation par quelqu’un.
Non, cette volonté est de type social, car elle implique une intelligence (au sens social, c’est une entente) de personnes du fait de leur appartenance commune à une université.
Donc si Rousseau croit possible d’abolir toute intelligence sociale entre les citoyens hors de l’état, c’est qu’il manque d’intelligence pour comprendre comment les hommes vivent en société...
Critique des assemblées qui ne pourrait être attribuée à la monarchie.
Sache que je me place dans le cadre des principes politiques traditionnels de la monarchie française, c’est à dire d’inspiration grecque (Platon, Aristote) et Chrétienne ("mon fardeau est léger, et mon joug est doux" ; "que celui qui commande soit comme celui qui obéit" ; "que le plus grand soit comme le plus petit"). Il y a autant de conceptions politiques que de monarques. La civilisation française a ses propres principes politiques.
Me voilà donc acculé comme un boxeur dans le coin.
Le but n’est pas tant de se convaincre, mais de bien tenir ferme son gouvernail pour dévoiler tous les replis de ce sujet.
A/ La peur d’être Roi. Moi-même, à cette idée d’être Roi, je serais effrayé, d’autant plus si on m’élevait depuis ma naissance à cette fin. J’aurais peur de ne pas être à la hauteur. Cependant, je crois qu’un bon chrétien ne peut jamais être un tyran, car il sait qu’il a Dieu au-dessus de lui.
C/ La nuance ochlocratie / démocratie.
L’honnêteté est la base de tout monde civilisé.
Sais-tu que dans les cantons suisses, toute assemblée commence par une prière collective à Dieu ? C’est comme si la transcendance divine elle-même était convoquée pour s’assurer que chacun soit bien sincère. Cela donne un petit coté solennel.
Dans la doctrine classique, tout ensemble de gens, comme le peuple par exemple, est une foule (de gens).
Si cette foule est organisée en vue d’une fin, cela s’appelle cela un corps.
Donc Foule + organisation vers un but = corps.
Ce n’est ni plus ni moins que le sens historique du mot université : une université est un ensemble de gens unis vers une même fin. Voir l’étymologie de ce mot.
Une entreprise est un corps, une armée est un corps, une assemblée est un corps, un parti est un corps, une association est un corps, un parlement est un corps, un syndicat est un corps, l’état est un corps...etc
Les corps sont des objets politiques ;
Pour organiser la nation elle-même en un corps, il faut que la nation tout entière soit ordonnée en vue d’une fin unique et c’est cette fin que l’on appelle Bien Commun.
Or il y a dans la nation déjà beaucoup de corps, et ceux-ci ont des fins potentiellement divergentes. Il s’agit donc de coordonner tous les corps de la nation pour qu’ils participent au même bien commun. Par conséquent, ces corps partiels dans la nation seront désignés comme des corps intermédiaires et seront donc considérés comme des organes de celle-ci : ils auront une fonction pour la nation (Note : c’est sur ce point qu’intervient le libéralisme, car il prône la concurrence des corps intermédiaires au service de leur profit propre plutôt que leur coordination au service du Bien Commun).
Ces corps intermédiaires coordonnés en vue du Bien Commun constituent le fondement de la société organique pré-révolutionnaire. Il sont des objets politiques, c’est-à-dire des sujets de droits. La société d’ancien régime a deux niveaux de lois : les lois pour tous les individus (le décalogue : tu ne tueras point,...etc) qui sont des principes intemporels et les lois pour les corps intermédiaires, qui sont des privilèges temporels, visant à les coordonner en vue du Bien Commun.
D/ En démocratie, chacun à la vertu de penser au Bien Commun.
Je ne peux tenir ceci pour valide. Déjà tenir que chacun ait ce genre de vertu me semble douteux (sinon, à quoi bon la politique ?), mais encore il n’y a pas, en démocratie, de définition unanime du Bien Commun. Chacun proclame sa propre définition du Bien Commun et veut la faire accepter comme telle par les autres : ce n’est autre qu’un Bien Commun personnalisé...
Ton exemple d’entreprise, qui est un corps social, devrait déjà t’aiguiller sur le fait que les actionnaires recherchent d’abord leur intérêt propre en participant à définir celui de leur corps social. Le corps social de l’entreprise sera alors le reflet de l’intérêt personnel des actionnaires (et surtout des plus puissants). Comme ce corps est un corps intermédiaire, son but ne peut être tenu comme le Bien/But Commun de la Nation, mais comme un Bien/But propre à l’université des actionnaires.
De même, toute assemblée est un corps. En cela, elle ne peut que définir un Bien/But propre à elle-même. Pour preuve, considère le parlement (l’université des députés). Sur beaucoup de sujet, les débats sont vifs. Cependant, certains sujets vont faire l’unanimité, comme, par exemple, le régime spécial des retraites des députés, le remboursement des frais du mandat, la possibilité de cumuler les mandats et les retraites... Cela montre bien un esprit de corps. Cet esprit de corps se surajoute à la mission légitime de l’assemblée nationale et il est inévitable... C’est que l’université des députés est un corps et qu’elle agit donc comme un corps, en proclamant toujours des Buts du genre particulier (celui du corps) mais jamais de genre général (celui de tous).
Au sujet de l’extrait de Rousseau :
Donc de ce point de vue, je ne serais pas fondamentalement en désaccord avec le diagnostique posé dans l’extrait que tu cites de Rousseau. Cependant, sa solution qui consiste à croire qu’il soit possible d’abolir tous les corps intermédiaires est totalement irréaliste voire irrationnelle.
Autant interdire aux gens de s’associer !
Déjà c’est vouloir un état totalitaire.
De plus, les gens ont besoin de s’associer, que ce soit pour leur travail (entreprises), pour gérer des ressources (eau), les relation de voisinage (copropriété),...etc.
L’état est lui-même un corps, et même divisé en corps plus particuliers
qui ont chacun, au sein de l’état, leurs intérêts propres (corps des
enseignant, corps des inspecteurs de finance, université des maires de
France...etc)
D’ailleurs, non seulement les gens ont besoin de s’associer, mais ils sont associés par nature puisqu’ils naissent en famille... Par conséquent, abolir tous corps intermédiaires est impossible, c’est une vue de l’esprit.
Il ne s’agit donc pas d’abolir les intérêts particuliers, pour y substituer un unique intérêt général, comme le prône Rousseau, car c’est impossible, mais il s’agit de coordonner tous les Buts particuliers vers un même Bien Commun.
Il est légitime pour les gens de défendre leurs intérêts propres, ce n’est pas sale. Les gens ont le droit d’exprimer leurs intérêts propres.
Rousseau devait être un piètre compositeur.
Il voudrait faire jouer tous les instruments une partition monocorde à l’unisson.
Mais une belle symphonie consiste à faire que chaque instrument joue sa propre partition, de telle manière que l’ensemble reste harmonieux. Même quelques improvisations, si elles sont bien senties, ne nuisent pas à la beauté de l’ensemble.
Que Rousseau cite Lycurque, un législateur spartiate, est incroyable. Rousseau se réclame de la tyrannie Spartiate, celle de l’asservissement par la séduction prôné par le bel Apollon, révélé par la pythie, l’Oracle de Delphe. Cette pensée de Rousseau est tyrannique. En effet, la négation de l’intérêt personnel du citoyen est l’attitude tyrannique par excellence. Cette tyrannie, ici de genre nationale-communiste, est la raison pour laquelle, dans le système actuel, chacun parle de manière impersonnelle, par l’emploi systématique du "on". C’est la socialisation de la pensée. Je comprends mieux la tyrannie de la terreur... Ca découlait de Rousseau. C’est effrayant.
La proposition du vote comme résolution pour dégager une volonté générale n’est pas bonne non plus à mon avis. D’une part, ce vote se fait encore sur des considérations d’intérêt personnel (suffit de voir les engagements quasi-unanimes des divers corps de métiers ou communautés envers certains partis). D’autre part, vouloir faire croire qu’il pourrait exister un unique intérêt général sans qu’il n’existât une diversité d’intérêts particuliers est faux. S’il existe un intérêt général, c’est justement qu’il existe des intérêts particuliers et l’intérêt général consiste précisément en leur coordination.
Si le vote est bien un dispositif permettant de dégager un But Commun par-dessus les Buts particuliers dans un corps électoral, il lui manque donc l’essentiel du dessein politique : le vote n’articule en rien les Buts particuliers au But Commun. Il ne fait qu’abolir les Buts particuliers, il les renie purement et simplement en proclamant : vous n’existez pas ! C’est la négation pure et simple de toute dignité chez l’homme...
Le monde est assez vaste pour que chacun puisse avoir ses intérêts propres (propriété et dignité). Ce qui compte, d’un point de vue politique, c’est que ces intérêts propres soient convenablement articulés entre eux, de manière à assurer la paix et la prospérité pour tous.
Mais si le peuple est vertueux pourquoi aurait il besoin d’ un Roi ?
Parce que quand tu assembles de belles pierres pour faire une belle voûte, il faut une clé de voûte tout en haut pour faire tenir l’ensemble.
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