@yoananda2 Regarde rien qu’ici un intervenant parlait du boulanger
et du maçon ... on est loin des ultra-riche, et ce n’est pas parce que
j’ai induit ça, puisque c’est précisément ce que je ne pige pas, cette
récurrence de la chasse aux micro-inégalités.
Vous êtes sacrément malhonnête ou sacrément stupide ou les 2 à la fois. Je ne suis pas pour l’égalité parfaite, je l’ai dit très clairement en expliquant qu’un gros travailleur mérite évidemment plus que quelqu’un qui travaillote, et je n’ai rien contre ceux qui travaillotent vu que j’ai moi-même démissionné du monde du travail.
Par contre, on ne peut pas répondre à la question de savoir qui doit gagner plus entre le maçon et le boulanger, à moins d’être malhonnête. Vous expliquez que la spécialisation induit forcément des inégalités, des inégalités de fonction (de ce que l’on fait au travail évidemment), mais de salaire c’est une décision qui n’a rien d’évident : il n’y a simplement aucun lien.
Je suis pour une monnaie horaire éventuellement indexée par la formation, mais dans des proportions raisonnables. Sachant que les différences de fortune (oui, je vise aussi les ultra-riches) ne se font que grâce au capital, à sa rente et à l’exploitation qu’il permet des salariés : j’ai travaillé dans la paye je sais aussi de quoi je parle. Quand un patron (fils à papa : reprend la boite de son père) se paye des primes de plusieurs millions d’euros, il peut le faire car il a des milliers de salariés qui travaillent et qui reçoivent un salaire très inférieur à ce qu’ils rapportent. Appelez ça la liberté d’entreprendre si vous voulez, moi je suis certain qu’on met n’importe quel crétin à la place de ce fils à papa, la boite elle tourne pareil, d’ailleurs, pour être franc, on n’en a même pas besoin de ce patron, car en définitive, il ne travaille pas, il ne fait que décider, s’il en a envie (car il y a aussi des gestionnaires pour ça). Bref, il a du pouvoir, il finance nos hommes politiques, les médias et ce système qui vous semble juste apparemment, a toutes les chances de perdurer.
Si vous ne comprenez pas en quoi un système pyramidal (avec des grandes inégalités) empêche toute liberté pensez simplement à l’assassinat de JFK. Si un président peut se faire assassiner, alors nous pouvons tous nous faire assassiner : nous vivons parce que nous ne sommes pas un danger pour les puissants. En gros, nos seigneurs ont droit de vie et de mort sur nous tous, mais ils n’ont aucun intérêt à abuser de ce droit en permanence vu que tout baigne pour eux. Disons simplement que les tarifs de bons tueurs à gages correspondent pour eux au croissant que vous allez vous achetez.
@yoananda2 Si tu veux la technologie, ben, les inégalités viennent avec. Je ne vois
pas comment il peut en être autrement dans une société
ultra-spécialisée comme la notre ou la division du travail atteint des
sommets. Il ne peut pas y avoir d’égalité.
La technologie est totalement étrangère au principe d’inégalité. Pour la simple et bonne raison que la technologie ne peut pas être le résultat d’un travail individualiste, elle est l’accumulation patiente des savoirs d’une collectivité. Un exemple, c’est qu’aucun homme n’est capable de fabriquer un simple canif : il faut des géologues pour choisir les bonnes roches, des fabriquants de four pour monter à une température suffisante, des chimistes, pour essayer de purifier un peu ça, et des forgerons pour travailler le métal à l’arrivée. Donc si seule une collectivité peut fabriquer les objets que nous achetons par centaines, ça devrait être à elle de décider comment on répartit les fruits de cette technologie. Ce qui n’est pas le cas : si les collectivités prenaient réellement les décisions, il n’y aurait jamais de riches : il y aurait des gros travailleurs qui mériteraient plus que les autres (aucun problème avec ça) et des gens un peu bohème qui se contenteraient de beaucoup moins (tout à fait normal).
La spécialisation ne conduit ni à l’inégalité, ni à la hiérarchie : un boulanger doit-il gagner plus qu’un maçon ? On voit des chefs partout (avec en apparence des responsabilités supérieures à tout le monde) mais la seule chose dont on ait réellement besoin, ce sont des personnes qui savent, qui fabriquent et qui apprennent aux autres à utiliser ou à fabriquer (oui parce qu’on fabrique beaucoup rien que pour fabriquer). A aucun moment, la technique dit qu’un électricien est supérieur à un géologue ou inférieur à un mécanicien.
Les grandes inégalités sont le résultat de choix volontairement injustes dans la répartition des fruits du travail. La rente sur la propriété privée en est un exemple (encore une fois, je ne m’oppose pas à la propriété privée, mais dès qu’une collectivité travaille ensemble, alors c’est elle qui devrait décider comment elle se répartit les fruits de son travail).
Pour moi, la soumission volontaire atteint aujourd’hui des niveaux jamais égalé dans l’histoire. Simplement parce que les inégalités sont colossales. Elle est volontaire car les gens cherchent à plaire pour réussir, à aucun moment, ils ne cherchent à s’opposer au système. Entretenir un chômage élevé permet de mettre la compétente au second plan, loin derrière le larbinisme, première qualité pour faire "carrière" aujourd’hui.
On peut même dire qu’on n’a jamais vraiment quitté la société féodale trifonctionnelle dont parle Piketty : ceux qui possèdent les moyens de production sont les nouveaux "seigneurs", les hommes politiques et les journalistes jouent le rôle du clergé (faire accepter le système en limitant l’intervention de la force, coûteuse à entretenir) et la masse des exploités (il y a toujours beaucoup plus de perdants dans un système pyramidal, c’est le principe, pour que les gagnants puissent avoir beaucoup plus que ce qu’un seul homme peut produire).
@yoananda2 Du moment qu’on a institué, via une armée, des impôts, des élections, la
propriété privée, ben on a choisit tout ce qui en découle : le
néo-libéralisme, les inégalités.
Et non... Vous voyez les choses un peu à l’envers. Si on veut un monde juste, il faut que la force soit du côté de la justice (voir "le loup et l’agneau"). Défendre soi-même sa propriété, ça veut dire (sans état), un monde de bandes criminelles (l’union fait la force) où toute liberté est rigoureusement impossible (si l’on excepte la liberté sans borne des bandes criminelles). Le problème dans notre monde, c’est que la force semble lutter (en apparence) contre quelques injustices (mineures), mais les plus grosses sont légalisées et un nombre incalculable de travailleurs ne se rend même pas compte que leur fonction est de faire tourner ce système injuste (et très inefficace donc). Enfin, ce n’est pas un problème évidemment : c’est voulu.
En fait, si vous faites le tour de bien des métiers, ils sont pitoyablement improductifs, mais ils maintiennent la propriété (et la monnaie telle qu’elle existe) en place. Grâce à la monnaie, à la spécialisation, à la propriété (privée, donc un peu secrète) des moyens de production, on peut voler les gens sans qu’ils s’en rendent compte. Ils n’ont foutrement aucune idée du temps qu’il faut pour produire un bien, ils croient que le prix est juste. Indiquer les heures réellement nécessaires pour produire ce qu’ils achètent tous les mois : demain c’est la révolution. Le différentiel est heureusement masqué "grâce" à la monnaie. D’ailleurs, comme quasiment plus personne n’est productif, c’est presque mieux ainsi.
Le système tient d’autant mieux que la majorité des gens est déjà totalement inutile en maintenant ce système en place : si on change de système et qu’on leur montre qu’ils ne savent rien faire d’utile en fin de compte, ils s’y opposeront. Un système parfait, bien pensé pour ne jamais changer. Et je crois savoir de quoi je parle : en tant qu’électricien, j’ai travaillé dans l’assurance (gestion de la propriété privée), la paye et la banque (gestion de la monnaie). Même en ayant cherché à faire de l’utile avec mes études, on ne m’a proposé que de maintenir le système en place.
@yoananda2 Il y a une grande différence entre la propriété que l’on défend soi-même, qui restera toujours limitée, et une propriété instituée où le vol (légalisé) d’une collectivité (clients, salariés...) est protégé ensuite par une autre collectivité (armée, police, système judiciaire ...). Est-ce que le chien tire une rente de son os ?
Je ne suis pas contre la propriété privée, encore que le droit de détruire des choses que l’on ne maîtrise pas n’a pas de sens (détruire une terre qui s’est formée bien avant notre naissance, détruire un appareil qu’il faudrait convenablement recycler vu sa capacité de nuisance pour l’environnement, etc...) : l’usufruit serait bien suffisant.
En somme, les gens sont esclaves parce qu’ils acceptent l’injustice en espérant un jour en tirer parti. Pour faire accepter la rente sur la propriété privée, il était très judicieux de mettre la propriété privée dans la déclaration des droits de l’homme, alors même que sa rente le rend esclave. Si les gens se pensent libres parce qu’ils possèdent des broutilles et parce qu’ils rêvent un jour d’exploiter les autres, alors j’ai pitié des humains et de leur pauvre logique. Ils sont plus esclaves que n’importe quel animal justement, esclaves de leurs envies futiles en plus de leur animalité qui n’a pas disparu par magie.
Piketty ne voit pas le vrai problème. Il ne faut pas redistribuer les richesses (par patrimoine ou impôt réellement progressif). Non, il faut arrêter avec la légalisation du vol, base de notre système économique.
Après, si on supprime le vol, la liberté d’entreprendre n’a plus aucun intérêt, car en fait, créer une entreprise, c’est avant tout vouloir se faire du blé, enfin, voler quoi (les salariés, les clients, les fournisseurs aussi si on peut avec des centrales d’achat par exemple...).
Alors gardons notre liberté de voler, euh d’entreprendre, et ajoutons un mille-feuille administratif pour ne pas que ça se voit trop : par exemple, on fixera la longueur légale (donc minimale) du rouleau de PQ à 32m.
Très sérieusement, le travail étant la seule source de richesse, il est temps que l’on supprime la rente de la propriété privée : le travail s’’en trouvera rémunéré à sa juste valeur.