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  • 2 votes
    Joe Chip Joe Chip 31 janvier 2018 14:30

    Il s’est tué lui-même en se laissant griser par les résultats de la primaire et surtout en laissant les cathos cintrés et revanchards de la Manif pour Tous occuper le devant de la scène, dont la sinistre Valérie Boyer qui allait de plateau télé en plateau télé annoncer le retour de l’ordre moral et de la schlage pour le peuple, contrepartie nécessaire et somme toute légitime aux passe-droits et autres réductions d’impôts indispensables au redressement du pays que Fillon avait promis à la bourgeoisie, et le premier communiant de cordée Jérôme Chartier qui a stratégiquement déclaré la fin de la sécu - pardon, de la "médecine de confort", comme on dit à Versailles entre gens de bonne société - dès le début de la campagne présidentielle, contribuant ainsi à couper définitivement Fillon des classes populaires et des classes moyennes qui permettent (accessoirement) de remporter les élections. 


    Quand on a la lose... smiley 
      


  • 2 votes
    Joe Chip Joe Chip 27 janvier 2018 13:57

    Il plaisante là Todd... si lui ne passe pas dans les médias - il a son rond de serviette dans la plupart des médias publics - alors qu’est-ce que devraient dire les autres intellectuels ostracisés et/ou peu médiatisés ? 


    La raison pour laquelle on le voit moins tient surtout à la perte de prestige des intellectuels de gauche - néolibéralisme oblige - et en particulier des intellectuels français (les seuls qui se maintiennent sont de droite en fait). Son analyse du "faire semblant" sur la vie politique française est donc tout à fait valable pour les intellectuels français qui eux aussi "font semblant" d’être encore écoutés. Un peu comme lui, qui bavarde de plus en plus avec lui-même. 

    Il tait également les rebuffades dont sa théorie des "catholiques zombies" a fait l’objet chez ses pairs, y-compris à l’étranger. Cette théorie reprenait en fait - en la retournant comme un gant - un mythe démographique de la guerre de 14 selon laquelle la République aurait surtout envoyé au front des jeunes gens issus des régions catholiques et contre-révolutionnaires (Bretagne, Vendée, Sud-est) pour qu’ils y soient massacrés afin d’accélérer la "conversion" de ces populations à l’idéologie républicaine. Et à ce biais méthodologique inacceptable il a rajouté un réductionnisme idéologique consistant à assimiler l’héritage catholique en France aux anti-deyfusards, à Vichy et au nationalisme maurrassien.

    Je me souviens avoir lu un article signé par un démographe qui expliquait que toutes les données, cartes, etc. produites par Todd dans son essai provenaient de ses propres ouvrages ou de cartographies datées des années 60/70 au moment où la population française était encore relativement homogène tant sur le plan social qu’ethnique. Les conclusions de Todd sont donc artificielles et faussées. Des universitaires américains travaillant sur la démographie française ont également attaqué l’ouvrage sur sa faiblesse méthodologique, soit l’insulte suprême pour un universitaire. Mais aux Etats-Unis la sociologie n’est pas un art divinatoire pratiqué par des pamphlétaires à deux balles et des histrions médiatique mais une science exacte basée sur des statistiques et des enquêtes. 

    Son livre a été publié un mois ou deux après les manifestations de janvier 2015. Todd a pris le risque de livrer un brouillon mal dégrossi, dans un contexte politiquement lourd, pour défendre une thèse personnelle et contestable parée de pseudo-scientificité. Il s’est abaissé à faire du Soral, de la sociologie au pifomètre idéologique, et n’en assume pas tout à fait les conséquences (ostracisme relatif dans les médias et le milieu académique qui le présentent désormais comme un polémiste plutôt que comme un universitaire, ce qui bien entendu froisse son égo démesuré).  


  • 2 votes
    Joe Chip Joe Chip 20 janvier 2018 13:47

    Il faudrait cesser d’agiter béatement le spectre de "l’Europe fédérale" qui n’existe que dans la tête des souveraino-souverainistes français. Les Allemands, rétifs à toute intégration de la zone euro et transfert budgétaire, et qui, de l’aveu même de Varoufakis, ont "sacrifié" la Grèce (laquelle ne pèse que 2% du PIB de la zone euro et ne pouvait donc entraîner une faillite systémique) pour créer un choc psychologique chez les Français visant à les contraindre à accepter l’austérité, y sont radicalement opposés ; les pays de l’Est, jaloux de leur souveraineté retrouvée et profitant du dumping salarial, y sont farouchement opposés ; et les "petits" pays (Irlande, Luxembourg, Belgique et Pays-Bas) qui attirent les multinationales américaines et les riches contribuables des "grands" pays, en pratiquant le dumping fiscal, y sont opposés, rejetant tout protectionnisme à l’échelle européenne. 

    Le fameux Bolkestein a par exemple récemment appelé les pays européens à résister à ce qu’il interprète comme une tentative française de "détruire le marché unique" :

    https://www.politico.eu/article/opnion-dont-let-france-ruin-the-single-market-emmanuel-macron-frits-bolkestein/&nbsp ;

    Aucun pays en Europe ne veut de l’Europe fédérale, concept derrière lequel se cache en réalité le vieux rêve français du "démultiplicateur de puissance".  

    L’Europe, si elle doit se maintenir, est donc appelée à rester une confédération d’Etats indépendants mais encadrés par des normes juridiques communes et soumis à des règles ratifiées par une série de traités échappant au contrôle démocratique (ordolibéralisme). 
    Il y a par ailleurs le serpent de mer de la défense européenne. Officiellement, tout le monde est naturellement favorable à "L’Europe de la défense" comme on dit avec emphase dans les cercles parisiens, mais officieusement, tout le monde ou presque à l’exception de la France considère que la défense européenne, c’est et cela est appelé à rester l’OTAN, surtout du côté des Allemands et à l’est de l’Europe, qui rechignent par exemple à contribuer financièrement aux opérations de l’armée française dans le Sahel.

    Historiquement, l’UE s’est construite à l’intersection de cinq courants idéologiques à la fois concurrents et complémentaires : 
    - le fédéralisme européen, prôné en fait par la composante "atlantiste" des élites françaises (Jean Monnet, Schuman, etc.) visant à créer une Europe supranationale (celle qui est fanatiquement dénoncée par Asselineau mais qui n’est qu’une abstraction de technocrates français) ; 
    - le dirigisme français, préconisé par les gaullistes, qui repose sur la coopération limitée d’Etats souverains (Airbus, Arianne...) ;
    - le néolibéralisme anglosaxon, qui a imposé l’extension du marché unique et le dogme de la concurrence économique interne au nom de la lutte contre les monopoles étatiques ;
    - la sociale-démocratie qui correspondait à l’idéologie de la gauche s’après-guerre dans les pays du nord de l’Europe, progressivement démantelée à partir des années 80 sous les effets conjugués du néolibéralisme et de
    - l’ordolibéralisme allemand, concentré sur la production de normes juridiques et la politique monétaire. 

    Jusqu’à la réunification allemande, l’Europe apparaissait comme un compromis équilibré entre ces courants, permis par l’égalité économique relative entre les trois grandes nations historiques qui les représentaient au sein des institutions européennes, c’est à dire la France (fédéralisme, dirigisme), le Royaume-Uni (néolibéralisme tatchérien) l’Allemagne (sociale-démocratie, ordolibéralisme).

    Evidemment, nous savons à présent que ce sont les Allemands qui, après la réunification - indirectement payée par l’Europe - sont parvenus patiemment à imposer leur "vision" de l’Europe en inscrivant leurs règles juridiques dans le marbre des traités européens successifs, avec la coopération plus ou moins retorse de Mitterrand qui croyait ainsi prévenir un retour du nationalisme allemand. Cette Europe des traités - qui n’est pas une Europe fédérale - a garanti le succès de la machine exportatrice et la domination durable de l’économie allemande à l’échelle continentale. La force des Allemands dans les négociations est venue de leur unité reposant sur une culture du consensus politique (Kohl expliquait que tout ce qui restait de l’identité et de la fierté allemande après la guerre était le Deutsche Mark) et sur leur capacité à convaincre les autres pays que les intérêts de l’Europe convergeaient avec les principes de l’ordolibéralisme allemand.  

    Les Anglais, armés de leur pragmatisme habituels, se sont finalement retirés du jeu au moment où ils ont compris qu’ils ne parviendraient pas à imposer l’idée d’une Europe "a minima" construite et définie autour du marché unique. Mais entre-temps ils auront au moins gagné de nombreux combats décisifs : imposition du monolinguisme anglophone, extension du marché unique et de l’OTAN aux frontières de la Russie, interdiction des coopérations industrielles au nom de la "concurrence libre et non faussée", préparant ainsi le terrain à la domination des sociétés américaines, financiarisation. Reste à voir dans quelles conditions ils conserveront leur accès au marché unique et les concessions qu’ils seront amenés à faire dans ce but.

    Les grands perdants de l’histoire sont de fait les élites françaises, qui ont longtemps cherché à équilibrer deux visions correspondant à des aspirations antithétiques nées de l’après-guerre et du schisme idéologique (fédéralisme supranational et dirigisme) opposant les deux "clans" qui revendiquaient chacun la légitimité politique : les élites atlantistes (et leurs relais politiques, en particulier au sein de la gauche française) qui ont occupé le pouvoir jusqu’en 58, et les élites gaullistes issues du CNR qui l’ont repris jusqu’au début des années 70. Cette opposition idéologique strictement "franco-française", qui s’est traduite par une fixation abstraite et souvent caricaturale du débat entre partisans de "l’Europe fédérale" et tenants de l’Europe des coopérations souveraines, n’a absolument aucune signification sur le plan européen, où les fédéralistes "purs" et les souverainistes "purs" n’exercent pour ainsi dire aucune influence. Elle a donc engendré une marginalisation progressive et durable des élites françaises sur la scène européenne, que Macron, profitant d’une position de force provisoire acquise grâce à son pari "pro-européen" face aux "populistes", tente aujourd’hui d’enrayer en réarticulant ces deux visions au travers d’une politique cohérente de promotion de la "souveraineté européenne", mais qui n’est rien d’autre que le dernier avatar du fédéralisme ET EN MEME TEMPS du dirigisme à la française. 

    C’est pourquoi il est absurde de fustiger le "fédéralisme européen", y-compris d’un point de vue souverainiste, non seulement parce que ce courant est en réalité très marginal au sein des institutions européennes, mais parce qu’il s’agit plus fondamentalement d’une idéologie dont le pedigree est français, avec une influence atlantiste majeure mais circonstancielle, dans la mesure où la CIA misait de toute façon à l’époque sur tous les courants susceptibles de s’opposer sur le plan national au communisme et à l’influence soviétique. 
    Du point de vue des Américains, les fédéralistes français étaient la seule alternative au compromis gaullo-communiste issu des FFL. 

    A l’heure actuelle, le but des Américains est assez clair : une Europe suffisamment cohérente sur le plan politique (pour pouvoir commercer efficacement), arrimée à l’OTAN et rassemblée faiblement autour d’une Allemagne dominante sur le plan économique et garante du statu quo, car vouée à rester une naine géopolitique.


  • 1 vote
    Joe Chip Joe Chip 17 janvier 2018 02:49

    @Franck ABED

    Cette citation est un faux. Voici le texte prononcé par Clémenceau à la Chambre des députés le 29 janvier 1891 :

    http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/Clemenceau_1891.asp

    On le retrouve également au Journal Officiel :

    Journal Officiel, Débats parlementaires. Chambre des députés, 1891, p.155

    Ce "discours" de Clémenceau a en fait été inventé de toute pièce par Drumont en 1899 à l’occasion de l’affaire Dreyfus dans un pamphlet intitulé "Les Juifs contre la France, une nouvelle Pologne", 170 p. in-18, paru à la Librairie antisémite.

    Le faux a été signalé par la revue du souvenir vendéen, de sensibilité clairement royaliste mais non partisane, cf. note 4 de la p. 62 du n° 257 (janvier 2012) :  

    http://souvenirvendeen.org 

    Ce faux en dit naturellement plus long sur les fantasmes sadiques et orduriers de Drumont que sur Clémenceau qui s’est contenté de dire "La République est un bloc". Je suppose que relayer ce genre d’insanités vous procure des frissons ? 

    Vous êtes un (boni)menteur (mais on a l’habitude sur ce site, surtout avec des intégristes de votre genre). 



  • 1 vote
    Joe Chip Joe Chip 26 décembre 2017 13:45

    @Djam

    L’humour anglais existe, je vous assure, ce n’est pas une invention de ma part.

    L’ironie française existe, je vous assure, ce n’est pas une invention de ma part.

    Le décalage belge existe, je vous assure, ce n’est pas une invention de ma part.

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