Nulle contradiction chez Chirac. A l’international il utilisait sa fonction (ou le pouvoir qui lui restait acheté) pour se faire le porte-voix des pays arabes et africains (raison pour laquelle Chirac était adulé ou ami avec tous les dictateurs de la région, les Américains n’avaient pas tort à ce sujet). Coup d’éclat en Israel, coup d’éclat à l’ONU... cette surchauffe géopolitique aux accents tiermondiste (discours sur la "maison qui brûle", etc.) s’est achevée par l’élection de Sarkozy et la conversion intégrale de la diplomatie française au néoconservatisme germanopratin des Koushnner-glucksman-bruckner-BHL. Un trou noir de près de dix ans qui a pratiquement réduit l’influence française à peau de chagrin.
En revanche, à l’intérieur, étant le premier des "Français qui ne s’aiment pas", Chirac a rompu les digues mises en place par De Gaulle et Mitterrand et a engagé officiellement la France sur la voie de la repentance sans fin dont les autorités françaises ne parviennent plus à s’extraire aujourd’hui ; on a désormais pratiquement pris l’habitude de voir des chefs d’Etat français se faire alpaguer dans les rues d’Alger ou des écoles africaines par des "jeunes" exigeant repentance et visas...
Et ne parlons même pas du leadership concédé sans difficulté à l’Allemagne en Europe pendant que Chirac jouait à Mère Thérésa à l’ONU et oeuvrait à la reconnaissance des arts premiers (qui avaient naturellement besoin du gouvernement français pour être reconnus), laissant la France s’enfoncer dans le marasme, les grèves et une crise économique sans fin.
Et comment oublier l’arnaque suprême de la "rupture sociale" (95) et du "sentiment d’insécurité" (2002), ou encore la présence de Le Pen au second tour qui a prolongé de 10 ans la durée de vie du bipartisme politiquement essoré.
On cite souvent Sarkozy et Hollande comme les pires présidents de la République, pour moi, Chirac remporte très facilement la palme.
Soral s’est mis à dos tous ses soutiens de droite quand il a plaidé la bouffonnerie en 2007. Je pense surtout qu’à cette période il essayait de retomber sur ses pattes dans les médias après avoir été viré du FN.
Je ne fais pas le procès de Nabe - d’ailleurs je n’ai jamais compté parmi ses admirateurs - mais il me semble que l’on retrouve chez lui certains traits communs à cette génération d’"artistes" parmi lesquels vous faites bien de rappeler Maurice Dantec, qui a eu lui aussi connu une trajectoire un peu similaire oscillant entre gloire médiatique et nadir absolu. Le plus surprenant, c’est la haine et le ressentiment féroce que tous ces gens se vou(ai)ent mutuellement tout en se côtoyant dans tous les sens du terme (socialement et idéologiquement parlant).
Pour ma part, cela fait longtemps que je ne crois plus à la "subversion" et que je me méfie de la vieille dialectique "antisystème" des post-soixante-huitards. Les vrais subversifs tendent à crever à cause de leurs idées ou à mourir dans la solitude. Ceux qui perdurent doivent continuellement lutter pour conserver leur crédibilité et répondre de tout et n’importe quoi, comme le simple fait de déjeuner dans un café parisien. A vous dégoûter d’avoir des "fans" et des "admirateurs", vraiment.
Une fois que l’on a assimilé cette vérité simple, il devient difficile de différencier Nabe et Soral de tous les ados débiles et potaches qui postent des memes, trollent et polluent les forums. Dans le marais, tout le monde s’enfonce. Ce que j’ai dit sur les memes n’était pas à prendre totalement sérieux, mais il y a un réel galvaudage de la subversion qu’il faut accepter comme tel au lieu de donner des leçons d’anticonformisme à la jeunesse ou rappeler une hiérarchie des valeurs qui n’existe plus. Nabe s’exprime parfois comme un vieux con dépassé par son époque, je dis ça sans méchanceté.
Ses positions posent de réels problèmes idéologiques au sein de ce corpus doctrinal. L’idéologie de HB n’a par exemple rien en commun avec les propositions de la France insoumise.
C’est la responsabilité de Mélenchon. Au lieu de poursuivre sur sa lancée de la présidentielle, en parlant souveraineté, nation, industrie de la mer, énergies renouvelables, il a réouvert aussitôt à la porte à tous ces éléments groupusculaires, gauchistes voire ethnicistes qui se sont empressés d’expliquer qu’ils avaient un problème avec les drapeaux français dans les meetings, la nation, la République, etc.
Donc je ne sais pas comment appeler cela, de l’autodiabolisation ? Ou alors Mélenchon n’était pas sincère durant la Présidentielle. Le résultat c’est qu’il a perdu cette image un peu lissée qui lui avait permis de s’adresser à un électorat "mainstream" incluant des bobos et des classes moyennes.
En tout cas on ne peut pas mettre ça tout à fait sur le même plan que la nazification des idées de droite par les médias.