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@maQiavel
La "french theory" est un faux-ami. C’est une théorie américaine influencée par un corpus disparate de travaux d’intellectuels français qui ont été abusivement rassemblés sous le terme de "french theory". Les anglo-saxons, de manière générale, sont obsédés par les catégories et par la taxinomie. Evidemment, quand on a une connaissance limitée du milieu académique français, il est tentant d’un point de vue étranger, et plus particulièrement américain, de tout simplifier en utilisant le terme "théorie française" mais cela ne veut pas dire qu’il a existé à l’époque, en France, une "french theory".
C’est un peu comme si dans l’Angleterre des années 1850, on avait rassemblé les travaux de Marx, Engels et d’autres théoriciens du communiste sous le terme "german theory" sous prétexte que Marx et Engels avaient été influencés par la philosophie allemande.
Le problème, c’est que cette confusion originelle permet à de nombreux conservateurs américains et à une partie des libertariens d’arguer que tous les problèmes de l’Amérique sont liés à l’influence perverse et dévastatrice de ces penseurs français qui auraient dévoyé le libéralisme américain. Evidemment, cela rappelle les positions des puritains et des industrialistes du XIXème siècle qui expliquaient que les immigrés irlandais et italiens et les Français installés (ou plutôt déportés) en Louisianne allaient pervertir l’homogénéité de la race anglo-saxonne et saper la prospérité américaine en important les "tares" des catholiques européens.
Donc, oui, les oeuvres de Foucault et Derrida ont influencé une certaine école de pensée américaine, mais on pourrait en dire tout autant de l’influence de certains philosophes grecs sur les auteurs romains et de nombreux courants dans l’histoire des idées. De là à parler de "racines" avec tous les sous-entendus "organiques" qui vont avec, non, c’est pas possible. Déjà, il faut rappeler que Foucault et en particulier Derrida n’ont pas exercé une grande influence en France dans les milieux universitaires. Derrida, pour le dire poliment, a toujours été considéré avec la plus grande circonspection. Lui-même se plaignait amèrement de l’accueil qui lui était réservé en France. Foucault aujourd’hui est surtout étudié par rapport à ses travaux portant sur le néolibéralisme, c’est à dire sur sa dernière période. Baudrillard a toujours été en marge du système. Les partisans de Chomsky prennent un malin plaisir à expliquer que tous ces penseurs français "radicaux" n’étaient qu’une bande de poseurs et de charlatans du concept et dénoncent précisément à travers la "french theory" une "insularité culturelle française" (l’expression est de Chomsky) résistant obstinément à la méthodologie philosophique, ce qui est quand même remarquable quand on tient compte du fait qu’il n’y a jamais eu une "théorie française" en France.
Voilà, je n’ai pas l’intention (ni le temps) de m’engager dans une polémique inutile, c’est mon point de vue sur cette soi-disant "french theory".
Je ne vais pas en rajouter, Gaston a été à la fois sévère et charitable. Nabe, contrairement à Soral et à Dieudonné, n’a visiblement pas compris qu’avoir un cercle fermé d’admirateurs n’était plus suffisant aujourd’hui.
@childéric
L’homme occidental est un râleur névrosé qui croit que tout lui est dû.
@spoty
Je dirais plutôt que c’est le remplacement progressif de l’antiracisme institutionnel et républicain chapeauté par le PS par un antiracisme militant et communautariste directement importé des Etats-Unis notamment via l’ambassade américaine (mais pas seulement, bien sûr) qui a servi de couveuse à un certain nombre de ces nouvelles officines (bondi blog, oumma, le président du CCIF auquel le New-York Times a offert une tribune durant la vague d’attentats islamistes en France, le camp d’été décolonial soutenu par le même journal, etc.) de la même manière que la féministe bourgeoise et littéraire des beaux quartiers parisiens (Badinter, Alonso...) a été mis au rencard à partir du début des années 2000 par les néoféministes d’inspiration anglo-saxonne (pussy riots, FEMEN...) sponsorisées par Soros&cie.
Et évidemment, ces deux mouvances affichent de plus en plus leur proximité idéologique (cf. Clémentine Autain, devenue sourde et muette sur les violences sexistes dans les milieux dits "populaires") dans le cadre de la fameuse "intersectionnalité des luttes" (féministes, antiracistes) promue et revendiquée par la quasi-totalité de ces officines (dont le PIR).
Il est d’ailleurs assez amusant de constater que ceux qui voient le bras des Américains absolument partout restent absolument silencieux sur cette ingérence évidente et démontrée dans les banlieues françaises (révélation il y a quelques années par wikileaks du rapport "Stratégie d’engagement envers les minorités" de l’ambassadeur des USA) :
http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/la-strategie-americaine-pour-85577
https://www.challenges.fr/economie/la-verite-sur-l-aide-etrangere-aux-banlieues_217057
Tout cela s’inscrit dans un schéma plus général de lutte contre l’influence française (ou ce qu’il en reste) et la langue française en Afrique et au Moyen-Orient. Les enjeux sont énormes en termes de développement économique, de conquête de marché et de domination du monde, sachant que les Américains ne sont jamais parvenus à s’implanter durablement en Afrique (continent qu’ils comprennent très mal) en dépit d’une implication croissante au niveau des ONG (notamment protestantes), et cherchent à se placer sur le continent face à la progression rapide de l’influence chinoise. Ce qui implique concrètement de lutter par différentes stratégies contre le reliquat de présence française sur le continent américain. Sur le plan économique, c’est quasiment accompli. La plupart des grandes entreprises présentes en Afrique, contrairement à ce que martèle l’extrême-gauche française, ne sont pas françaises, mais chinoises, américaines, britanniques, sud-africaines, russes et brésiliennes. Reste à déraciner la langue française, ce qui passe par une "guerre sans mort apparemment" pour reprendre le mot de Mitterand, et qui ne dit jamais son nom, mais une guerre impitoyable pour la conquête des esprits (et des marchés).
Les griefs (légitimes ou non) des minorités "racialisées" contre la France ou la République Française sont reformulés dans un cadre théorique et conceptuel (déconstruction) fourni par l’université américaine. Toutes les références (sociologiques, intellectuelles, etc.) proviennent du monde anglo-saxon. Les grandes voix noires ou arabes de l’anticolonialisme francophone sont éteintes ou marginalisées, car trop marquées par la langue et le raffinement culturel français. La défense de la religion (islamophobie) et la critique du modèle républicain, laïc et séculier, assimilé à une forme de colonialisme imposé par l’Etat aux populations d’origine immigrée, permettent d’articuler une dialectique à la fois complémentaire et contradictoire entre le mondialisme US et les préoccupations identitaires d’une partie de la jeunesse française. La langue anglaise devient la ’langue de travail’ supplantant de plus en plus le français dans les supports communicationnels.
Il ne s’agit pas de manipulation mais plutôt d’un travail d’influence subtil qui permet d’inscrire progressivement les thèmes de l’anticolonialisme et de l’antiracisme dans la trame globale de la modernité et du soft power américains, notamment en marquant une rupture complète avec la notion d’universalisme - au sens français du terme, évidemment... D’un point de vue purement technique, c’est un travail de propagande et d’influence remarquable, bien plus subtil et efficace que ce que font les Russes ou les Saoudiens à coups de pétrodollars et par grands médias interposés. Pour être honnête, les Russes sont en train de réussir un travail similaire sur une partie de la droite française (dont les revendications coïncident de plus en plus favorablement avec la politique étrangère russe) mais la base sociologique est beaucoup plus restreinte (mâle blanc vieillissant des périphéries).
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