Nous héritons rationnellement des grecs l’idée d’essence.
Et nous héritons spirituellement des juifs l’idée d’existence.
Le modèle Français, développé à la Sorbonne, consiste en l’articulation de l’existence des juifs (Dieu), qui a la prééminence métaphysique, et de l’essence des grecs, qui concerne la déduction logique (logos).
Je me place dans ce cadre, et cela doit être celui de tout catholique.
Comment en arriver à ne pas pouvoir distinguer l’oeuf de la poule ? Même un enfant de 3 ans ferait la différence. L’oeuf n’est pas la poule. La poule n’est pas l’oeuf. De plus où est le coq dans cette réflexion ? Un oeuf fait sans intervention du coq ne donnera jamais de poule. De plus, un poussin, s’il n’est pas d’abord ni couvé, ni nourrit pas sa mère-poule, comment pourrait-il éclore puis survivre ?
Cela dit, sur la notion de potentiel, tu as tout-à-fait raison. L’essence n’est qu’un potentiel : Par exemple, chez Leibniz (monadologie), l’essence est une idée que Dieu a. Il faut encore une intervention créatrice de Dieu pour concrétiser l’idée de cette essence et l’amener à une existence. Autrement dit, une existence est la réalisation effective de l’essence. Mais cela nous amènerait au débat scolastique de la "querelle des universaux".
De ce point de vue, l’oeuf, la poule et le coq, partagent chacun la même essence, qui est leur espèce, dont Dieu a eu l’idée. L’oeuf est un membre de l’espèce en germe. La poule est un membre femelle de l’espèce, le coq en est un membre mâle. Pour faire exister l’espèce, Dieu doit donc créer deux premières existences, une poule et un coq.
Quand au Dieu-Tout (panthéisme), je n’y crois pas, cela ne correspond pas à notre modèle déterministe en science (où la cause est pensée extérieure à l’objet). Dieu, pur esprit, créa le monde ex-nihilo en dehors de lui : il est la cause extérieure du monde. Toute la pensée juive est là : Dieu est hors du monde. Dans la Kabbale, Dieu, à un moment, se retire de sa création.
Donc nous ne sommes pas tous un. Nous sommes pluriels, dès l’origine. Il y a une diversité intrinsèque à la réalité. En matière de société humaine, cela résulte en science politique.
C’est bien ce que je disais, les adeptes du monisme ou du panthéisme sont incapables de concevoir correctement le pluralisme, il leur faut toujours tout confondre, tout amalgamer dans leur désir de retrouver une fantasmée unité perdue.
Le monde est pluriel, que cela plaise ou non, c’est une réalité qu’il faut admettre.
L’Alchimie, c’est un peu la recherche de l’unité perdue. C’est une forme de nostalgie.
Le modèle d’univers sur lequel elle repose, qui est une mythologie, semble être celui d’une essence primordiale unique qui se serait scindée en essences secondes, par accident, causant la multiplicité des choses.
Avec le principe de l’univers créé par Dieu, introduit par le christianisme en occident, la mythologie alchimiste a été abandonnée, donc les réflexions alchimiques aussi et la science moderne est née.
En effet, le Dieu créateur crée les choses ex nihilo. Il n’y a pas d’essence primordiale dans ce cadre. Dieu crée directement l’Univers comme un tout, il crée simultanément une pluralité d’existences.
Pour illustrer, prenons l’exemple des fleurs et des abeilles.
Dieu crée en même temps les fleurs et les abeilles pour que les fleurs soient pollinisées par les abeilles et pour que les abeilles soient nourries par les fleurs. Il n’est pas possible de faire dériver logiquement les fleurs des abeilles ou les abeilles des fleurs, il faut que les deux existent en même temps, comme un tout, chacune de ces espèces étant indispensables l’une à l’autre : Dieu crée le biotope, la biocénose, donc l’écosystème complet.
C’est pareil pour l’homme et tous les animaux sexués : Dieu crée en même temps le mâle et la femelle. Il faut qu’il en soit ainsi, puisque s’il n’y avait pas dès le départ la dualité mâle/femelle, aucun animal n’aurait pu faire de progéniture.
En Alchimie, le problème est traité différemment : il faut une chose primordiale et l’alchimie dira que c’est l’oeuf. Les divers courants de pensée alchimiques essayeront de trouver une logique qui permet de passer de l’oeuf primordial au monde actuel.
Au problème de "l’oeuf et la poule", l’alchimie répond : c’est l’oeuf qui préexiste à la poule ; tandis que le christianisme répond : c’est la poule qui préexiste à l’oeuf. Ces deux conceptions sont inconciliables.
L’Alchimie recherche l’unité de l’essence primordiale, chose que ne peut chercher le christianisme, qui conçoit un Dieu primordial ayant créé une pluralité d’existences initiales. L’Alchimie ne sait pas réellement concevoir le pluralisme. Il lui faut toujours essayer de tout confondre, de tout amalgamer.
Notre modèle de science actuel est chrétien : la cause crée la conséquence en acte, comme Dieu crée l’existence en acte.
Les fruits de cette conception de la causalité ont été tels que l’alchimie en fut ringardisée, ce qui ne me dérange nullement.
En effet, actuellement, le pluralisme est la réalité. Qui peut nier la pluralité des familles, des sociétés, des religions, des animaux, des végétaux, des étoiles, des galaxies et des planètes ? Comme notre réflexion, si elle se veut rationnelle et expérimentale, ne peut partir que du monde actuel, mieux vaux donc adopter un paradigme pluraliste, qui correspond à la réalité factuelle, plutôt qu’un paradigme moniste (http://fr.wikipedia.org/wiki/Monisme) qui ne correspond qu’à une spéculation incertaine, une rêverie.
A propos du premier lien : 1° Ce n’est pas parce qu’une expérience n’a pu être répliquée systématiquement que "l’objectivité scientifique" oblige à considérer "que l’effet est improbable". Une expérience n’est jamais si simple à répliquer (qui n’a pas en mémoire les difficultés de ses profs de physique à cet endroit).
2° "La présence du collaborateur de Benveniste qui semble indispensable à la reproduction de l’expérience", en quoi cela est-il suspect ? Cela pourrait montrer que l’expérience est plus difficile à répliquer qu’il est imaginé par la plupart des expérimentateurs et que cette réplication implique un certains nombres d’opérations subtiles que seul le collaborateur de Benveniste maîtrise.
3° L’aspect relativement aléatoire des résultats : il n’y a rien d’extraordinaire là-dedans, en particulier en médecine. La plupart des médicaments n’ont jamais une efficacité à 100% et leurs effets secondaires sont généralement aléatoires. Toutes les études en médecine comportent des considérations statistiques.
Face à une telle controverse, s’il est impossible de déterminer le vrai du faux, l’objectivité scientifique n’oblige en rien du tout et surtout pas à tenir que l’effet rapporté est faux : ce serait une erreur logique, puisque l’effet est possible. L’objectivité scientifique ne peut qu’incliner à dire : la recherche doit continuer.
Il y a quand-même un gros problème dans la recherche actuellement.
Normalement, la curiosité du chercheur est éveillée par un phénomène qui lui semble mystérieux et qu’il essaye de percer. Mais aujourd’hui, la majorité des chercheurs semble blasée : dès qu’elle fait face à un phénomène mystérieux, elle s’effraye de ce mystère et crie à la pseudo-science, comme si le chercheur craignait d’être confrontés à l’inconnu. Mais un chercheur, qui est un explorateur, et qui aurait peur de l’inconnu est-il vraiment encore un chercheur ? On peut dire que non, il n’est pas un vrai chercheur, il n’en a pas le caractère.