Il y eut aussi en France l’utopie industrielle des Saints-Simoniens (tout par l’industrie, tout pour l’industrie) qui a précipité une large part de la population dans le salariat. Cette organisation sociale du travail fut un choix politique du XIXème siècle. Elle est d’ailleurs un choix de gauche (Saint-Simon étant politiquement à gauche, le socialisme utopique étant issu de certains de ses disciples). De fait, l’URSS a vécu aussi dans l’utopie industrielle et le salariat y fut généralisé plus que partout ailleurs semble-t-il.
L’image de l’élitisme, c’est la lavement des Pieds. Telle est la vraie élite : elle n’est pas lointaine et inaccessible, elle est proche et accessible.
Le diable n’imite pas Dieu, il nous en donne de fausses conceptions dont il revêt les habits pour s’y substituer.
Les bouddhistes n’ont jamais voulu fonder une science physique parce que cela ne mène nulle part, la véritable finalité de l’homme étant spirituelle.
Il me semblait que la finalité bouddhiste était de se dissoudre dans le néant. Rien d’aussi nihiliste dans le christianisme. Si l’esprit de l’homme possède une intelligence, c’est qu’il y a bien une raison, non ? A quoi bon donner une intelligence à l’homme si c’est pour qu’il n’en use pas ?
Votre réflexion montre d’ailleurs que dans le monde
judéo-chrétien, le ver était dans le fruit, puisque l’on trouve bien de
faire des sciences, c’est-à-dire bien la concupiscence du savoir
technique, dont le but est l’amélioration du confort..
La science physique ne nuit pas aux bonnes oeuvres, au contraire. Si soigner le corps d’autrui est une bonne oeuvre, alors la science médicale n’est pas inutile... La science physique n’est qu’un moyen de parvenir à des fins. Il se trouve que l’homme a l’intelligence du réel physique. L’illusion du réel des bouddhistes est donc démontrée fausse par ce biais. Le christianisme a donc précisé que si une telle illusion peut exister, elle est plus généralement au plan moral, c’est-à-dire dans le choix des finalités que l’homme va poursuivre (confusion du Bien et du Mal).
Il ne faudrait pas non plus totalement mépriser le corps. Le corps est beau, son architecture est sublime. Il est le véhicule de l’âme. Avilir le corps fait avilir l’âme (un poison fait mourir). Le christianisme dit qu’à la résurrection de la fin des temps les hommes auront un nouveau corps qui sera magnifié (avec plus de possibilités).
C’est le travers des bouddhistes et des gnostiques, pour eux, leur corps n’est pas un véhicule, mais une prison dont ils voudraient s’échapper. Autrement dit, leur finalité n’est pas de ressusciter à la fin des temps avec ce corps magnifié qui a été promis.
Mais vous savez très bien que les modèles Bouddhistes et Chrétiens sont très différents. En Christianisme, Dieu est trinité de personne externe au monde, alors qu’en Bouddhisme tout le monde est en Dieu (panenthéisme). La pluralité des personnes n’existe pas en Bouddhisme, le but étant de dissoudre sa personnalité dans le grand tout, la "conscience universelle". En christianisme, la personnalité est le caractère propre de l’âme et Dieu a créé à dessein une multitude d’âmes, l’idée de vision béatifique de Dieu montrant bien que l’âme sauvée subsiste extérieurement à Dieu puisqu’elle peut le voir.
Bref, dès les principes, Dieu impersonnel qui contient tout ou Dieu personnel externe à tout, Bouddhisme et Christianisme divergent, ce qui les fait diverger à peu près sur tout par la suite : par exemple, sur le plan spirituel, le Bouddhisme propose d’abolir sa propre personnalité, quand le Christianisme propose de la cultiver.
Je ne vois pas dans ces conditions comment un détour par le Bouddhisme permettrait de mieux comprendre le Christianisme, puisqu’ils sont contradictoires à la base.
En vérité, si l’on regarde précisément, une société ne peut être fondée que sur des familles.
Pour l’enfant qui naît, la société est extérieure à la famille. Ce n’est pas la société qui nourrit l’enfant, c’est sa famille. L’enfant s’inscrira dans la société selon le rapport entre la société et sa famille.
La société subsiste par une reproduction régulière de la population, ce qui implique que des familles lui préexistent.
L’ancien régime est familial, la tête de l’État reposant sur une famille dynastique. Une grande partie des transmissions culturelles s’y faisait directement dans les familles et ceci est bien entendu toujours le cas. La transmission sociale, qui se fait via l’école, n’est qu’un supplément à la transmission familiale qui reste le mode de transmission essentiel (du simple fait de l’amour entre enfants et parents).
Les "réformateurs" de la société sont pris dans une contradiction. Ils comprennent bien que la société a pour sous-bassement la famille, mais voulant "réformer" la société, ils estiment que l’obstacle à ces "réformes" est la transmission familiale (qu’ils jugent pourvoyeurs de "stéréotypes"), et cherchent donc à y substituer une transmission purement sociale, via l’école. En gros, on assiste à un bourrage de crâne massif, dont le contenu est décidé dans quelque officine d’État.
Ces "réformateurs" placent volontairement la transmission sociale en contradiction des transmissions familiales, ce qui est une manière d’opposer société et familles.
Or comme la société ne peut se fonder que sur des familles, si la société contredit les familles, les familles contrediront la société, et donc c’est pour la société aller à sa perte, car plus rien ne la soutiendra. L’État se croyant propriétaire de la société l’emmènera ainsi à sa perte.
Ce qui est organique est plus fort que ce qui est organisé.
Il ne faut pas croire que le christianisme est venu se substituer aux connaissances développées dans l’antiquité. Dans l’ultra-majorité des cas, la révélation ne fait qu’éclairer ces connaissances sous un angle nouveau. L’hybris, par exemple, est repris par la notion d’orgueil, l’orgueil étant à sa racine. C’est qu’à l’époque le fondement de la pensée est réaliste (il est considéré que l’homme puisse percevoir sans illusion), et comme la vérité ne peut s’opposer à elle-même, ce que l’on perçoit par les sens ne peut s’opposer à la révélation.
Le christianisme propose un fondement réaliste à la pensée : l’homme étant à l’image du Dieu créateur, il possède la capacité de comprendre la machinerie du monde par l’intelligence. C’est déjà une assurance intéressante.
Pourtant, le péché originel montre un point faible chez l’homme, et c’est en effet une certaine forme d’illusion. Mais cette illusion est précisée et délimitée : celle-ci n’est pas physique, car l’homme peut percevoir la réalité fidèlement, cette illusion est morale, c’est-à-dire qu’elle concerne la perception du Bien et du Mal (en particulier dans ses propres actes).
En gros, l’homme sait aisément ne pas s’illusionner pas quant à la perception des moyens qu’emploient le réel, mais il s’illusionne facilement quant aux finalités du réel. La révélation se propose donc comme un éclairage sur ces finalités, son étude offrant un moyen de résoudre ses illusions morales.
Les bouddhistes n’ont jamais pu fonder une véritable science physique, car ils doutaient trop de la validité de leurs perceptions en général.
En christianisme, l’illusion en question est précisée : elle n’est pas physique, mais morale. Nous percevons le monde tel qu’il est, mais nous n’en percevons que très mal les finalités.