@Machiavel : Déjà, je ne souhaite pas confondre entre individu et personne. Le Dieu trinitaire, par exemple, c’est un individu de nature divine en trois personnes... Pour ce qui est d’un homme, une personne peut se réduire à un individu mais il faut encore prendre en compte sa relation avec les autres (sa dignité). Nous avons encore le concept de personne morale, où là nous avons carrément une communauté d’individus. Cela dit, ce concept est un peu contestable...
Si l’on prend les règles monastiques de Saint-Benoît, nous avons 3 temps. Un temps d’étude qui se fait seul. Un temps liturgique commun. Un temps de travail commun. De plus, chaque moine vit dans sa propre cellule.
Bon, ceci n’est que des nuances et je chipote un peu.
Juste que je suis un peu dubitatif sur ce "communisme primitif". Quelle preuve en avons-nous ?
@Gollum : J’essaye essentiellement de trouver une formulation à peu près correcte du problème. Au lieu de dire "nous avons un devoir d’être", j’aurais dû dire "nous avons un devoir moral", ainsi je suis sûr de cibler le plan spirituel, car il y a aussi des devoirs matériels liés à l’être.
Nous avons en effet un devoir moral, car quiconque sait qu’il agit fors son devoir moral a de la honte.
Je suis d’accord pour ce qui concerne l’amour, c’est bien le moteur le plus puissant. Mais si je m’en réfère à la définition de Platon, l’amour nous tendre vers un objet que l’on veut avoir car il nous semble beau ou bon. Donc tout dépend de l’objet aimé (donc de notre conception du Beau, du Bon...). Par exemple, la concupiscence, c’est aimer des objets non essentiels, mais futiles : l’amour a justement ses désordres.
L’amour sain, c’est celui de Dieu, posé en priorité, ce qui nous ordonne à aimer d’abord le Vrai. Voilà le moteur essentiel pour le Chrétien.
Je ne pense pas que l’on puisse dire que l’avoir concerne exclusivement le matériel.
Quand Machiavel évoque un "désir d’être", ou quand toi-même évoque un désir de choses spirituelles, vous employez le déverbal du verbe désirer.
Or, ce verbe dérive du verbe latin desiderare, qui signifie "regretter l’absence de quelqu’un ou de quelque chose".
C’est-à-dire que ce regret de cette chose que je n’ai pas produit en moi un manque qui m’incline à rechercher d’avoir cette chose.
C’est-à-dire que désirer est la passion d’une chose que je n’ai pas qui m’incite à agir pour l’avoir.
Mais je suis tout-à-fait d’accord au sujet du détachement.
Personnellement, je n’estime pas que le désir soit le principe ultime des actes de l’homme.
J’estime que c’est la volonté en général ; Que le désir en est le versant passionnel ; Que le devoir en est le versant rationnel ;
Sans surprise, le verbe devoir vient du latin dehabere... qui est l’action contraire d’avoir.
Nous avons donc un devoir d’être, sans quoi nous nous perdons nous-même.
(Notez l’astuce du crédit à la consommation, qui nous vend la satisfaction d’un désir à court terme en échange de devoirs à long terme...).
Je mets bien le devoir avant le désir, sans ambiguïté (en théorie du moins...)
Pour la concupiscence spirituelle, il me semble que celle-ci découle plutôt de l’orgueil et de l’amour excessif de soi. Il suffit de comprendre que chacune de nos qualités vient directement de la grâce de Dieu, que c’est une grande chance de les avoir, de l’en remercier abondamment. Alors on peut avoir toutes les qualités possibles, y compris l’humilité, ceci sans concupiscence.
Je ne crois pas que cela ait grand chose à voir avec l’église. Dans le corps de l’église, chacun garde sa personnalité propre.
Les gens ne deviennent pas un seul. Il n’y a pas de fusion. Il y a seulement des buts commun. C’est d’ailleurs le sens vrai de universel, qui caractérise le fait d’être "uni vers". D’où le fait que, historiquement, une université désigne une association, une communauté.
La théorie de Cousin me fait penser à la mythologie manichéenne et gnostique. C’est l’idée que l’être premier était Un, puis que sa désunion a engendré une pluralité en conflit.
De mon point de vue, l’univers fut pensé pluriel dès le départ. Pour moi, l’unité de cette pluralité se situe sur un autre plan, dans l’acte créateur de la cause première.
Je crois pas en l’Un qui se serait dissocié par accident et dont la dissociation serait la cause des problèmes.
Si tu prends comme exemple de ce "paradis perdu" les tribus traditionnelles, sache quand-même que celles-ci sont très brutales avec leurs membres et c’est la raison pour laquelle il y en a autant qui débarquent ici. C’est aussi la raison de l’attrait de notre civilisation, car la société traditionnelle est particulièrement étouffante. Je ne choisirais donc pas cette forme de civilisation comme modèle.
C’est justement cette croyance manichéenne en l’unité perdue de l’être qui engendre le totalitarisme des sociétés traditionnelles.
L’inconvénient, c’est que pour ta cause, il te faut redéfinir les mots, dans un sens qui t’est particulier...
Une communauté, ce n’est pas tel que tu le dis. Si dans une communauté, il y a un Bien Commun qui transcende chacun ses membres, ceci n’est vrai que pour ce qui regarde ce bien commun. Pour le reste, chacun garde ses prérogatives particulières.
Par exemple, dans une communauté de voisinage, les voisins doivent se concerter quand il s’agit d’user d’une partie commune. Cependant, pour le reste, ils sont libres.
C’est-à-dire qu’une communauté est forcément limitée.
Il n’y a pas de communautés où tout bien est commun et il n’y en a jamais eu.
C’est illusoire de croire que cela puisse arriver, étant donné qu’on ne peut pas empêcher les gens de réfléchir par eux-mêmes...
Pour ce qui concerne la définition de la société :
Une famille est en soi une petite société, un ensemble de gens unis par des liens de parentés. Donc une société est par nature un ensemble d’êtres (pas forcément humains) en relation (pas forcément d’intérêt). Peu importe la nature de cette relation : elle peut être liée à une idée commune, à des liens familiaux, à une religion, à un métier, ...etc.
Pour exprimer ta théorie (qui n’est d’ailleurs pas la tienne, mais celle de Mr Cousin), tu cherches un mot. Mais ce mot n’est pas celui de société, que tu le déformes pour l’occasion. La caractéristique de notre époque individualiste, c’est justement la dissociation des liens sociaux dont les acteurs du marché tentent de s’emparer. C’est illustré par exemple quand le prix du blé est décidé en un seul lieu pour le monde entier (la bourse de Chicago) : Le Marché se veut le média de tous les liens.
Cette atomisation sociale, réduction des personnes en individus, car un individu est une personne déliée de tout lien, tandis qu’une personne est un individu en relation (c’est-à-dire doté d’une dignité), ne peut donc relever d’une consociation (qui construit une société), mais d’une dissociation (qui la détruit).
Pour le désir d’avoir :
L’amour de l’argent est un désir d’avoir particulier.
Donc condamner l’amour de l’argent, ce n’est pas condamner le désir d’avoir en général.
Tu n’es pas intéressé par l’histoire des idées ? Pourtant c’est essentiel pour savoir saisir certaines nuances et donc affiner sa compréhension de la réalité.
Le français n’est pas une langue comme les autres. C’est la langue qui a servit de réceptacle aux savoirs antiques, tout en les apprêtant pour la modernité. C’est la langue qui contient les savoirs de la civilisation développés entre les 12ème et 18ème siècle, ce n’est pas rien ! La langue française est particulière comme l’histoire de France l’est.
La nuance qui te manque :
Tu n’envisages l’avoir que sur le plan naturel (c’est-à-dire matériel).
Or il existe un avoir sur le plan surnaturel (c’est-à-dire moral et spirituel).
C’est-à-dire qu’il y a des Biens matériels et des Biens moraux.
Le Bien moral est une qualité d’esprit que l’on peut chercher à obtenir.
Classiquement, on dira que l’on obtient le Bien moral, la Vertu, par la Grâce de Dieu (ce qui est donc gratuit et permet d’être libre), mais que l’on obtient le Mal moral, le Vice, par la tentation du démon (ce qui coûte et rend donc esclave).
Bref, les gens ont des besoins moraux, qui sont immatériels et spirituels, et ceux-ci peuvent être obtenus de certaines manières.
Ainsi donc, l’Être veut avoir des Biens moraux.
Bref, ce n’est pas la volonté d’avoir en tant que tel qui est condamnable, ni même l’objet voulu par lui-même qu’il l’est, mais ce sont les motivations de cette volonté, c’est-à-dire le sens profond de nos actes, qui le sont.
Par exemple, si je veux un Yatch afin de pouvoir m’attirer certaines personnes très riches en vue de les incliner à fonder une société plus juste, il n’y aura rien de condamnable.