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  • Premier article le 21/09/2013
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    micnet 1er mars 2014 15:26
    @MaQ

    "R / Donc pour vous, par nature, l’homme est censé se confiner à une activité de production économique précise ?

    ---> Absolument ! Dans la mesure où chaque homme est différent et possède donc des dons "innés" différents, il ne peut pas être un jour travailleur, le lendemain ingénieur et le surlendemain médecin ou avocat. Et je m’étonne que vous qui vous définissez comme un "pragmatique" et un réaliste soyez étonné de cela. Au fond, c’est exactement pareil que pour l’activité politique : je ne crois pas à l’interchangeabilité des individus.
    Marx niait le déterminisme "naturel" inhérent à chacun, il n’entrevoyait QUE le déterminisme sociétal (qui existe évidemment) par le biais de la "lutte des classes" et c’est pour cette raison que je le qualifie d’individualiste car il se posait EXACTEMENT dans la ligne de Hobbes, Locke, Rousseau. Leur point commun à tous : la négation d’un essentialisme d’ordre naturel !

    Qu’ est ce que vous reprochez à cette extrait : Dans la société communiste, c’est le contraire :personne n’est enfermé dans un cercle exclusif d’activités et chacun peut se former dans n’importe quelle branche de son choix ; c’est la société qui règle la production générale et qui me permet ainsi de faire aujourd’hui telle chose, demain telle autre, de chasser le matin, de pêcher l’après-midi, de m’occuper d’élevage le soir et de m’adonner à la critique après le repas, selon que j’en ai envie, sans jamais devenir chasseur, pêcheur, berger ou critique." ?

    Vous voudriez que les hommes soient en fermé à cercle exclusifs d’activité ? Que chacun ne puisse pas se former dans n’ importe quelle branche de choix ? Que les hommes ne puissent pas s’adonner à tel activité puis à telle autre en fonction de leur besoin et de leur envie ?"


    ---> MaQ, je ne reproche, ni ne souhaite rien, je constate ! Marx, en parlant "d’enfermement" part du postulat que, au sein d’une société communiste, chacun pourrait, à sa guise, "se former dans n’importe quelle branche de son choix" comme si chacun en était capable ! Voilà, pourquoi je parle d’une vision exclusivement horizontale qui est un leurre absolu, selon moi en tout cas !



    la vision platonicienne verticale exprimée par Socrate dans La République

    R / Qu’est ce que la vision platonicienne à avoir avec l »’ économie ?


    ---> La vision platonicienne stipule très clairement que chaque individu d’une Cité doit exercer uniquement l’activité qui lui est propre afin que la Cité puisse devenir et rester harmonieuse. La répartition du travail est donc clairement au centre de la Cité idéale

    Mais puisque vous m’invitez à lire Le Capital en entier, je vous conseille, à mon tour de relire La République de platon également en entier




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    micnet 1er mars 2014 14:47
    @MaQ

    "R / Une question : d’ ou sortez vous que Marx que vous décrivez comme je vous cite «  le prophète de l’horizontalité absolue » est pour un égalitarisme culturel et naturel ?"

    ---> Mais ça me paraît évident : Marx, en tant que théoricien de la "lutte des classes" ayant pour finalité l’abolition de celles-ci, se pose en pourfendeur de toute forme de verticalité. C’est à dire qu’il ne nie toute forme d’essentialisme "naturel" aux hommes qu’il conçoit comme des individus interchangeables, notamment dans la répartition du travail :

    "Du moment où le travail commence à être réparti, chacun entre dans un cercle d’activités déterminé et exclusif, qui lui est imposé et donc il ne peut s’évader ; il est chasseur, pêcheur, berger ou « critique critique », et il doit le rester sous peine de perdre les moyens qui lui permettent de vivre. Dans la société communiste, c’est le contraire : personne n’est enfermé dans un cercle exclusif d’activités et chacun peut se former dans n’importe quelle branche de son choix ; c’est la société qui règle la production générale et qui me permet ainsi de faire aujourd’hui telle chose, demain telle autre, de chasser le matin, de pêcher l’après-midi, de m’occuper d’élevage le soir et de m’adonner à la critique après le repas, selon que j’en ai envie, sans jamais devenir chasseur, pêcheur, berger ou critique."
    (L’idéologie allemande, Karl Marx)

    Il s’oppose ainsi à la vision platonicienne verticale exprimée par Socrate dans La République



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    micnet 1er mars 2014 14:14
    @MaQ, Eric et ErQar

    Ces échanges sur l’importance de l’homo oeconomus (ou l’homme = estomac sur pattes) me font furieusement penser à un article que j’avais mis en ligne et qui traitait du récit de la tentation de Jésus dans le désert. Tentation revue et corrigée au-travers d’un roman qui met en scène un dialogue entre Jésus et Judas l’iscariote. smiley



    "Judas : Il suffit de transformer ces pierres en pain, donner à manger à tous...Que souhaiter de plus aux hommes ? Qu’ils aient le ventre plein et il n’y aura plus de guerre, plus de riches, plus de pauvres, plus d’injustice ; assez de nourriture pour tous, il n’y a rien d’autre à désirer, nous n’avons pas d’autres problèmes à résoudre, pas d’autres béatitudes à souhaiter que celle d’une longue et bonne digestion et un sommeil tranquille sous le ciel clément...

     

    - Jésus : L’homme ne vivra pas seulement de pain. L’homme n’est pas que matière et ventre, il a faim d’autres nourritures, faim d’amitié, de poésie, de beauté, de vérité. Ne crois pas qu’on puisse réduire le désir de l’homme à ses besoins immédiats. La satiété n’est pas le bonheur, regarde les plus riches, les plus gras parmi nous, regarde leurs yeux ; ils ne manquent de rien et, pourtant, c’est l’essentiel qu’il leur manque. L’homme ne se nourrit pas seulement de pain mais aussi de vrai silence et de vraies paroles d’amour et de lumière, il y a en lui un désir infini qui ne se laisse rassasier par rien, un désir infini que seul l’Infini seul peut combler...’

     

    Judas haussa les épaules et soupira : "Pauvre Messie, doux rêveur, il me faudra m’atteler à une tâche plus utile et plus solide que la tienne...". Ils restèrent ainsi côte à côte, absorbés l’un et l’autre par leurs pensées. Tout à coup, Judas se tint debout face à Yeshoua :

     

    ’- En l’honneur de YHWH notre Dieu, Yeshoua, nous devons rassembler toutes les nations et n’en faire qu’une seule ; sous l’étendard de son Nom, il ne faut qu’un seul chef, un seul maître du monde, et que tout lui soit soumis, c’est la juste solution. Tant qu’il y aura des différences de nations, de cultures, de langues, de races, de religions, nous ne serons pas à l’image de l’Unique. Voilà le Messie que le monde attend, quelqu’un qui lui dise ce qui est bien, ce qui est mal, et qu’il n’y ait plus qu’à suivre la loi, une loi unique pour tous...’ Judas s’exaltait : ’ Que vienne le Règne de Dieu, que son Nom soit imposé à tous ; dehors les infidèles, les impies, les impurs, que justice soit faite ! Il n’y a pas d’autres solutions, yeshoua. Prosternons-nous devant l’Unique, Yeshoua, incarnons-le, il n’y a pas d’autre réalité, pas d’autre Dieu !

     

    - Jésus : Ton Dieu unique n’est pas Dieu, Judas. C’est une idole, une idole du pouvoir, une idéologie...Notre Dieu n’est pas unique, il est Un. l’Un respecte le multiple et les différences - l’Unique les détruit. La vie prend de multiples visages, des corps sans ressemblances, et pourtant la vie est une...C’est le même air, le même souffle pour tous mais chacun le respire à sa façon. Tous les hommes ont le même squelette, la même structure, c’est vrai, et tu voudrais les réduire à ça...Pourquoi voudrais-tu les faire entrer dans un seul moule...Ne faut-il pas au contraire sauver les hommes de l’uniformité, de leur réduction au même par un seul pouvoir qui s’impose ?...Imagine un monde où les frontières n’arrêteraient personne, où les murs ne nous sépareraient pas les uns des autres, mais nous serviraient d’abri commun...

     

    - Judas  : Il ne suffit pas d’imaginer, Yeshoua ! Il faut obliger les hommes à faire le Bien, détruire toutes les frontières, abattre tous les murs, ne parler qu’une seule langue : nous devons imposer notre vision de la paix. Tu traites les hommes comme si, dans le fond, ils étaient libres, adultes et bons - tu rêves, Yeshoua ! Regarde l’histoire de notre peuple et celle de tous les peuples : les hommes sont mauvais, ce sont des enfants capricieux, si tu leur donnes trop de caresses, ils deviennent des bêtes stupides et féroces. C’est seulement en les menant par le fouet qu’ils deviendront doux et humbles.

     

    - Jésus  : Je ne te crois pas Judas, on ne guérit pas le mal par le mal, la violence par la violence. On ne cueille pas des raisins sur des épines...Si on reconnaît un arbre à ses fruits, comment imagines-tu que de la haine naisse l’amour, que de la guerre vienne la paix ?

     

    - Regarde l’histoire, Yeshoua ! répéta Judas. ’"





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    micnet 1er mars 2014 11:43

    @Eric et MaQ


    Bonjour à vous deux,

    Alors, qui du capitalisme, de l’individualisme ou de l’égalitarisme est cause racine des 2 autres ? Voilà, je crois résumé notre problématique smiley
    Pour ma part, entre l’individualisme et l’égalitarisme, j’avoue, cher Eric, que cette question de la primauté de l’un sur l’autre m’apparaît comme secondaire dans la mesure où ces 2 critères me semblent liés l’un à l’autre de manière indéfectible et sont les caractéristiques de ce qui fonde la démocratie (et là, je suis persuadé d’être dans la droite ligne de ce qu’énonçait Tocqueville). Je comprends d’ailleurs fort bien votre explication (somme toute logique) qui consiste à partir du principe que seule une déliaison préalable due à un individualisme entraîne par la suite une volonté de nivellement égalitariste. 
    Concernant le capitalisme maintenant, cher MaQ, nous en avons largement discuté la dernière fois. Comme vous le savez, j’avais choisi la définition basique du capitalisme que l’on trouve sur wikipedia et avec laquelle vous sembliez d’accord, soit : 
    "un système s’appuyant sur la propriété privée des moyens de production et permettant l’accumulation de capital ". Autrement dit, il ne s’agit pour moi pour QUE d’un mécanisme et non d’un système social à part entière (même si il est vrai que celui-ci, à l’instar des religions, peut phagocyter les sociétés. Je dis bien "peux"). Or pour vous, il s’agit bel et bien d’un système social à part entière, justement !

    Ensuite, MaQ, vous nous dites :

    "Soit on considère que l’homme est autre chose qu’un estomac sur patte, et dans ce cas, l’égalité économique n’ homogénéise en rien l’ être humain et elle ne brise pas la verticalité et il faut savoir que pour certains traditionalistes , elle est une condition nécessaire à l’ émergence d’ une vraie verticalité ( il n’ y a pas que la gauche ou les socialistes qui sont pour l’ égalité économique , il faut le savoir )."

    ---> Pour ma part, je confirme que l’homme, au départ, n’est pas qu’un homo oeconomus ou un estomac dur pattes mais c’est la démocratie qui a fait des hommes des homo oeconomus en brisant toute forme de verticalité inhérente à l’homo politicus ou l’homo culturalis. 
    Ainsi, la prédominance de cet "estomac sur pattes" n’est que la résultante de la destruction progressive de toute verticalité et Marx en est un formidable accompagnateur.
    Marx, si je devais résumer, n’est au fond que le prophète de l’horizontalité absolue  ! Et j’avoue que je doute de changer d’avis une fois que j’aurais lu Le Capital en entier. Sauf si vous êtes en mesure de me démontrer que je fais fausse route (ce qui est, après tout possible)

    "Par ailleurs, si on considère l’égalité économique comme un égalitarisme, c’est qu’on pense que l’être humain est un estomac sur pattes, c’est logique !"
    ----> Non, c’est un ensemble ! La démocratie n’est pas SEULEMENT un égalitarisme économique, c’est un appel à un égalitarisme intégral : économique, culturel, politique et naturel. Vous vous opposez à la théorie du genre, MaQ ? Elle n’est pourtant que la conséquence logique d’une société démocratique


    "Donc je terminerai ainsi : la pensée de Tocqueville ne s’oppose pas à individualisme, elle en est son parachèvement !"
    ---> Copieur, va smiley. Je vais vous démontrer que Tocqueville s’opposait à l’individualisme démocratique en lui préférant l’aristocratie, qui, selon lui, permettait la conservation des "liens" dont nous avons parlé plus haut :

    " Les institutions aristocratiques ont pour effet de lier étroitement chaque homme à plusieurs de ses concitoyens. Les classes étant fort distinctes et immobiles dans le sein d’un peuple aristocratique, chacune d’elles devient pour celui qui en fait partie une sorte de petite patrie plus visible et plus chère que la grande. Comme dans les sociétés aristocratiques, tous les citoyens sont placés à poste fixe, les uns au-dessus des autres, il en résulte encore que chacun d’entre eux aperçoit toujours plus haut que lui un homme dont la protection lui est nécessaire, et plus bas il en découvre un autre dont il peut réclamer le concours. Dans les siècles démocratiques, au contraire, où les devoirs de chaque individu envers l’espèce sont bien plus clairs, le dévouement envers un homme devient plus rare : le lien des affections humaines s’étend et se desserre...L’aristocratie avait fait de tous les citoyens une longue chaîne qui remontait du paysan au roi ; la démocratie brise la chaîne et met chaque anneau à part"




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    micnet 28 février 2014 22:22
    @MaQ

    Me revoilà ! Alors je reviens sur la remarque (essentielle) que vous me faites à propos de Marx.

    La pensée de Marx ne s’oppose pas à l’individualisme, elle en est son parachèvement !

     R / Ca par contre il faut m’expliquer, bien sur sans amalgamer Marx au gens qui se revendiquent de lui, je suis curieux de savoir comment vous en arrivez à cette conclusion !"


    ---> Je comprends très bien que cette affirmation, de prime abord, puisse surprendre et moi-même, j’ai mis du temps avant de la comprendre. Mais après avoir lu Tocqueville, j’avoue que j’ai trouvé tout ça finalement assez logique.

    Puisque vous-même avez lu Tocqueville, vous avez constaté qu’il associait l’individualisme à la démocratie et à l’égalité. Il faut bien avoir à l’esprit que l’individualisme demeure indissolublement lié à l’égalité.

    Ainsi, Tocqueville définit l’individualisme comme suit : 


    "L’individualisme est un sentiment réfléchi et paisible qui dispose chaque citoyen à s’isoler de la masse de ses semblables et à se retirer à l’écart avec sa famille et ses amis ; de telle sorte que, après s’être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même...L’individualisme est d’origine démocratique, et il menace de se développer à mesure que les conditions s’égalisent"


    On voit donc bien que pour Tocqueville, une société d’origine démocratique qui tend vers toujours plus d’égalité tend dans le même temps vers toujours plus d’individualisme. Au fond, c’est un peu comme une molécule que l’on aurait éclatée en atomes indistincts, lesquels atomes perdent alors les liaisons qui les structurent au sein de cette molécule. Ainsi, les individus faisant partie d’une société individualiste deviennent semblables à ces atomes indifférenciés, n’ayant plus aucun lien entre eux et devenant des "individus d’une foule solitaire".

    Par conséquent, fort de ce raisonnement, à défaut de le partager, vous comprenez probablement mieux, maintenant, pourquoi j’assimile la pensée "marxienne", d’essence égalitariste et pourfendeuse de toute forme de verticalité, inhérente à la lutte des classes, à la quintessence même de l’individualisme !



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